Borges a tissé son œuvre autour d’un signifiant, l’infini. Il s’agit de l’infini actuel, qui se distingue de l’infini potentiel. Philosophes et mathématiciens s’y sont intéressés. L’infini potentiel, constitué d’unités discrètes qui se répètent selon le principe de récurrence, relève du symbolique, alors que l’infini actuel, lui, est réel, plein, sans trou.
L’infini est pour Borges un cauchemar, un impossible à supporter, le réel qu’il tente de traiter par l’écriture. Le motif du labyrinthe, omniprésent dans ses textes, en constitue un premier traitement par la représentation mais, parce qu’en partie imaginaire, il reconduit à l’infini. L’infini ne cesse pas de ne pas s’écrire et l’écriture borgésienne, qui tourne autour, porte la marque de l’illimité.
L’écrivain ne renonce pas à mordre sur ce réel. À cette fin, il en appelle à la logique. Mais tout ne passe pas à l’écriture et Borges se heurte tôt ou tard aux impasses de la formalisation. Se pourrait-il que la lettre, au sens lacanien du mot, borde ce monstre qu’est l’infini ? Autant de questions qui intéressent l’expérience analytique.
Dominique Corpelet est psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, docteur en psychanalyse et enseignant au département de psychanalyse de l’université Paris 8.