Paris 8, Université des Créations

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Revue Marges. revue d'art contemporain
Nombre de pages : 192
Langue : français
À paraître le : 15/10/2026
EAN : 9782379246371
Première édition
CLIL : 3675 Revues sur l’art
Illustration(s) : Oui
Dimensions (Lxl) : 240×160 mm
Version papier
EAN : 9782379246371

Femmes artistes, femmes créatrices

N°43/2026

Ce numéro s’attache à discuter de la position des femmes artistes. Différents cas d’étude, pris dans des époques et contextes géographiques différents permettent d’enrichir la question.

La place des femmes dans la création artistique a longtemps été minorée, lorsqu’elle n’a pas été tout simplement effacée. Ce numéro cherche à la fois à redonner une visibilité à certaines artistes méconnues mais aussi à interroger les mécanismes de leur invisibilisation. Des cas d’étude reviennent sur l’établissement difficile d’une historiographie spécifique consacrée aux artistes femmes et, entre autres sur une exposition historique consacrée aux femmes artistes dans les années 1970, sur la place des femmes au Bauhaus, l’importance de la broderie en Argentine dans les groupes s’opposant à la dictature, et enfin deux cas d’artiste et curatrice italiennes en activité dans les années 1979-1980.


Valérie Da Costa
est historienne de l’art, critique d’art et commissaire d’expositions et professeure d’histoire de l’art contemporain à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint Denis.

« “La femme peintre et sculpteur du XVIIe siècle au XXe siècle” (Grand Palais, 1975) : une exposition pionnière oubliée ? »

Manon Lebreton 

En 1975, le Grand Palais accueillait « La femme peintre et sculpteur du XVIIe au XXe siècle » pour l’Année internationale de la femme. Cette rétrospective, aujourd’hui méconnue, s’inscrivait dans la droite lignée des expositions du début du siècle. L’analyse de ce projet montre qu’il a surtout servi à reconduire une vision essentialisée et stéréotypée de la création « féminine », restant ainsi profondément enraciné dans une approche traditionnelle de l’histoire de l’art.

Mots-clés :

Exposition des artistes femmes – Historiographie des artistes femmes – Année internationale de la femme – Salon des artistes indépendants

 


« “Une exposition en cours : réflexions et réponses”. Les expositions de poésie visuelle féminine organisées par Mirella Bentivoglio entre 1972 et 1978 »

Caterina Schiera

Cet article retrace les expositions de poésie visuelle féminine organisées par Mirella Bentivoglio entre 1972 et 1978, dans un contexte marqué par les revendications féministes et par une attention nouvelle portée à la créativité des femmes. À travers l’étude de leurs origines, de leur réception critique et du débat autour des « expositions ghetto », il examine comment l’activité curatoriale de Bentivoglio a élaboré une méthode qui conçoit l’exposition comme un processus critique en devenir, mais aussi comme un lieu de confrontation et d’expérimentation partagée autour du langage et de l’autoreprésentation, capable de générer des récits alternatifs. Il sera ainsi montré comment ces initiatives ont favorisé la création de réseaux internationaux d’artistes femmes et contribué à redéfinir leur rôle dans la scène de l’art contemporain en Italie.

Mots-clés : Mirella Bentivolgio ; poésie visuelle ; pratique curatoriale 

 


« Exposer l’invisible : le cas de Titina Maselli et les mécanismes de reconnaissance genrée »  

Carolina Sprovieri

L’histoire de la rétrospective avortée de Titina Maselli au Palazzo delle Esposizioni de Rome, suite à l’effondrement d’un plafond, dépasse l’anecdote. Malgré une reconnaissance internationale de son vivant, ce « non-événement » devient le symptôme de son invisibilisation posthume. L’analyse d’archives inédites révèle comment une artiste majeure, déjà marginalisée de son temps pour être une femme, a été effacée des récits de l’histoire de l’art, interrogeant les mécanismes genrés de la légitimation artistique.

Mots clefs : Titina Maselli, Retrospective, Études de genre, Exposition

 


« La trajectoire artistique de Marta Erps-Breuer du Bauhaus à l’Université de São Paulo : un parcours professionnel à la croisée du design et de la science »

Ana Julia Melo Almeida

L’objectif de cet article est d’analyser la trajectoire artistique de la biologiste Marta Erps-Breuer (1902-1977), formée au Bauhaus dans les années 1920, et sa production dans le domaine de la génétique à l’Université de São Paulo (USP). Son parcours professionnel est marqué par sa migration de l’Europe vers le Brésil dans les années 1930, où elle débute une carrière à l’Institut de Biosciences de l’USP, combinant les métiers de scientifique, d’illustratrice et d’enseignante. Ce texte vise à réfléchir à la manière dont la trajectoire de Marta Erps-Breuer met en lumière les répercussions de son parcours sur le Bauhaus, orienté vers le tissage, et les possibilités de professionnalisation éloignées du cadre strict de sa formation initiale.

Mots-clés : Marta Erps-Breuer, Bauhaus, Atelier de tissage, Université de São Paulo, Institut de Biosciences.

 


« Broder la mémoire et la lutte : pratiques textiles féministes dans l’espace public argentin »

Sophia Sablé

Depuis Ni Una Menos (2015), les femmes et les dissidences sexuelle et de genre en Argentine transforment l’espace public par des pratiques textiles collectives, mêlant broderie et tissage comme langages de résistance, mémoire et soin. Collectifs comme Tejiendo Feminismos ou Bordamos la Paz créent un art féministe situé, incarné et collectif, qui lie lutte, réparation et visibilité des corps et récits longtemps tus.

Mots-clés : Pratiques collectives, Textile, Broderie, Résistance

 


Twama paradise, une sororité par-delà les rives de la Méditerranée

Pauline Boivineau

Cet article se propose d’analyser Twama Paradise (2026), pièce chorégraphique d’Héla Fattoumi comprise au sein d’une œuvre plus large construire au fil des ans avec et à partir de l’altérité et de la relation comme ligne directrice. Cette œuvre, déployée avec Eric Lamoureux au sein des Centres chorégraphiques nationaux de Caen puis de Belfort, est ponctuée de soli d’Héla et jalonnée d’une réflexion sur les liens entre les deux rives de la Méditerranée. Ainsi Twama Paradise invite à poursuivre le voyage en duo avec deux artistes franco-tunisiennes d’une soixantaine d’années et à questionner le commun et l’écart entre ces femmes, entre les mondes, et les imaginaires. De la ville à la scène, en observant le processus de création et par des entretiens menés avec les artistes, il s’agit de comprendre l’œuvre comme un acte (auto)biographique par sa sincérité plutôt que par l’établissement de faits, par l’expérience et les affects inscrits dans les corps, les langues.

Mots clefs : danse, création, relation, Méditerranée, Fattoumi, Twama

 



“‘La femme peintre et sculpteur du XVIIe siècle au XXe siècle” (Grand Palais, 1975): A Pioneering and Forgotten Exhibition”

Manon Lebreton 

Presented in 1975 at the Grand Palais for International Women’s Year, the exhibition “La femme peintre et sculpteur du XVIIe au XXe siècle” offered a retrospective of female artists. Now largely forgotten, this event followed the tradition of early 20th-century exhibitions. Analysis reveals a project that maintained an essentialized and stereotyped vision of “feminine” creation, remaining rooted in traditional art history.

Keywords:

Women artists exhibition – Historiography of women artists – International Women’s Year – Salon des Indépendants

 

 

“‘An ongoing exhibition: reflections and responses.’ Exhibitions of women’s visual poetry organized by Mirella Bentivoglio between 1972 and 1978”

Caterina Schiera

This article examines the exhibitions of women’s visual poetry organised by Mirella Bentivoglio between 1972 and 1978, in a context marked by feminist movements and renewed attention to women’s creativity. Through an analysis of their origins, critical reception, and the debate surrounding the so-called « ghetto exhibitions », it explores how Bentivoglio’s curatorial practice developed a method that conceived the exhibition both as an evolving critical process and as a space for shared confrontation and experimentation with language and self-representation, capable of generating alternative narratives. The article argues that these initiatives fostered the creation of international networks of women artists and contributed to redefining their role within the Italian contemporary art scene.

Keywords: Mirella Bentivoglio ; visual poetry ; curatorial practice 

 

 

“Exhibiting the Invisible: The Case of Titina Maselli and the Mechanisms of Gendered Recognition”

Carolina Sprovieri

The story of Titina Maselli’s aborted retrospective at Palazzo delle Esposizioni, following a ceiling collapse, is more than an anecdote. Despite international recognition during her lifetime, this « non-event » became symptomatic of her posthumous invisibilization. Analysis of unpublished archives reveals how a major artist, already marginalized in her time for being a woman, was erased from art historical narratives, questioning the gendered mechanisms of artistic legitimation.

Keywords: Titina Maselli, Retrospective, Gender Studies, Exhibition

 


“Marta Erps-Breuer’s artistic trajectory from the Bauhaus to the University of São Paulo: a professional journey at the crossroads of design and science”

Ana Julia Melo Almeida

The aim of this article is to analyze the artistic trajectory of biologist Marta Erps-Breuer (1902-1977), who trained at the Bauhaus in the 1920s, and her work in the field of genetics at the University of São Paulo (USP). Her professional journey is characterized by her migration from Europe to Brazil in the 1930s, where she began her career at the Institute of Biosciences (IB-USP), combining the roles of scientist, illustrator, and educator. This text seeks to reflect on how Marta Erps-Breuer’s trajectory sheds light on the impact of her Bauhaus training – focused on weaving – on her opportunities for professional development beyond the strict confines of her initial education.

Keywords: Marta Erps-Breuer, Bauhaus, Weaving workshop, University of São Paulo, Institute of Biosciences.

 

 

“Embroidering memory and struggle: feminist textile practices in Argentine public space”

Sophia Sablé

Since Ni Una Menos (2015), women in Argentina have transformed public space through collective textile practices, using embroidery and weaving as languages of resistance, memory, and care. Collectives like Tejiendo Feminismos and Bordamos la Paz create situated, embodied feminist art that connects struggle, repair, and visibility for long-silenced bodies and narratives.

Keywords : Collective practices, Textiles, Embroidery, Resistance

 

 

Twama paradise, a sisterhood across the two shores of the Mediterranean”

Pauline Boivineau

This article aims to analyze Twama Paradise (2026), a choreographic work by Héla Fattoumi that forms part of a broader body of work developed over the years, informed by ideas of otherness and relationship. Conceived and produced together with Eric Lamoureux at the National Choreographic Centers of Caen and Belfort, Twama Paradise, ponctuated by a series of solos by Héla Fattoumi, reflects on the links connecting the two shores of the Mediterranean. This piece invites us to continue the journey as a duo with two Franco-Tunisian artists in their sixties and to explore what connects and what separates those women, what unites or stands between their worlds and their imaginaries. From the city to the stage, by observing the creative process and conducting interviews with the artists, the idea is to consider Fattoumi’s work as an (auto)biographical act defined by its sincerity rather than by the establishment of facts, through the experience and the emotions inscribed in bodies and languages.

Keywords: Dance, Creation, Relation, Mediterranean, Fattoumi, Twama

 


Éditorial

Dans un célèbre essai paru en 1971 dans la revue ARTnews, l’historienne de l’art Linda Nochlin posait la question de manière un peu provocatrice : Pourquoi n’y a-t-il pas eu de grands artistes femmes ? Pour elle, il ne s’agissait pas simplement de réhabiliter telle ou telle figure ignorée ou oubliée, mais bien de comprendre en quoi, la création artistique avait été aussi peu ouverte aux femmes. L’ensemble du texte visait ainsi à mettre en avant la dimension structurelle du problème et sa traduction au sein des institutions de l’art. Ses travaux fondamentaux sont suivis dix ans plus tard par ceux de Rozsika Parker et Griselda Pollock qui dans leur livre Maîtresses d’autrefois. Femmes, art et idéologie (Pandora Press, 1981), s’attachaient à démontrer que l’écriture de l’histoire de l’art moderne avait ignoré l’existence des femmes artistes pourtant toujours présentes et actives.

Malgré les enjeux contemporains liés au statut de la femme dans la société, les choses ont néanmoins un peu évolué depuis la montée des mouvements féministes des années 1970 ; notamment grâce aux recherches, aux engagements militants et aux artistes elles-mêmes, qui ont revendiqué une plus grande place dans les espaces de représentation et de production des savoirs. En effet, la création des femmes artistes est depuis plusieurs décennies un objet de recherche au cœur des réflexions sur l’art actuel ou passé dans le milieu de l’art et des universités. Pour ne citer que quelques exemples, en 1987, s’ouvre le National Museum of Women in the Arts (Washington), l’un des premiers musées de ce type. Entre 2009 et 2011, le Centre Pompidou (Paris), sur une idée de la conservatrice Camille Morineau, présente l’exposition « elles@centrepompidou », un accrochage entièrement dédié aux femmes artistes de la collection du Musée national d’art moderne. Plus récemment, en 2022, Cecilia Alemani, commissaire générale de la 59e Biennale d’art de Venise, conçoit « The Milk of Dreams ». Cette exposition quasi-exclusivement consacrée aux femmes artistes accorde, d’une part, une place significative à des figures historiques et contemporaines et, d’autre part, provoque une réévaluation des formes de création autrefois marginalisées et associées aux femmes (poterie, tissage, pratiques corporelles…).

Ces événements trouvent un écho dans la sphère universitaire : longtemps invisibilisées, très souvent marginalisées, les femmes artistes font de plus en plus l’objet de travaux de chercheuses et de chercheurs dans de nombreux domaines comme l’histoire de l’art, la muséologie, l’histoire, la sociologie, l’architecture, le cinéma ; une réflexion élargie permettant notamment de faire découvrir ou redécouvrir des artistes et créatrices ignorées.

Après une introduction de Valérie Da Costa, coordinatrice du numéro, le dossier thématique s’ouvre sur l’étude d’un exemple emblématique du mouvement de redécouverte des femmes artistes : l’exposition « La femme peintre et sculpteur du XVIIe siècle au XXe siècle » (Grand Palais, 1975). Nombre d’artistes qui y étaient présentées avaient été oubliées depuis longtemps et cet oubli est aujourd’hui redoublé par l’oubli dont cette exposition a été l’objet. Si elle n’était sans doute pas la plus mémorable des expositions consacrées à cette thématique, elle témoignait pourtant, comme le remarque Manon Lebreton, d’un changement important dans la manière de considérer l’histoire de l’art, fournissant l’une des premières occasions de révision du canon historique.

Les deux articles qui suivent concernent une période plus récente : les années 1960-70 en Italie. Celui de Caterina Schiera revient sur les expositions de poésie visuelle féminine organisées par Mirella Bentivoglio entre 1972 et 1978. L’époque est différente et la question se pose alors de l’affirmation du rôle des femmes dans la création contemporaine ; ici, entre arts plastiques et littérature et au cours de rendez-vous annuels les difficultés rencontrées par Mirella Bentivoglio ne sont pas du même ordre que celles de Marta Erps-Breuer, mais il n’en demeure pas moins qu’un tel parcours est loin d’être un long fleuve tranquille.

La question de l’invisibilisation se pose à nouveau à propos de Titina Maselli, laquelle fait l’objet d’une analyse de Carolina Sprovieri, à partir de l’échec de sa rétrospective à la Galleria d’arte moderno de Rome. Le cas de Maselli permet d’envisager ce que peut être la carrière d’une artiste à succès et peut-être aussi les limites imposées à une telle carrière par un système encore largement patriarcal.

Le texte suivant, dû à Ana Julia Melo Almeida, s’interroge quant à lui sur la manière concrète dont les femmes artistes ont été invisibilisées. Le cas de Marta Erps-Breuer est à cet égard tout à fait révélateur. Cette artiste avait étudié au Bauhaus, dans la section textile, avant de partir au Brésil où elle avait travaillé au sein des sections scientifiques de l’Université de São Paulo. Au moment de l’exposition des 50 ans de l’École elle envoie des œuvres réalisées au Brésil mais celles-ci sont refusées. Loin d’y voir une simple anecdote, cet article permet de voir en filigrane quelle a été la place assignée aux femmes au sein du Bauhaus, ce qui explique peut-être leur effacement progressif dans l’historiographie spécialisée.

Enfin, la dernière contribution de la thématique, due à Sophia Sablé, est l’occasion de s’interroger sur d’autres types de pratique, plus éloignées du monde de l’art, au sens institutionnel du terme, puisqu’il s’agit d’observer les activités de plusieurs groupes de brodeuses argentines, dans le contexte de la dictature et de la période immédiatement contemporaine. La question touche davantage à la réappropriation d’une parole dans l’espace public qu’à la reconnaissance artistique, mais des questions se posent qui font écho aux autres textes et en première lieu : comment de telles actions apparaissent-elles et quelle peut être leur légitimité ?

Un varia fait écho à la thématique du numéro, sur le terrain de la danse. Il s’agit pour Pauline Boivineau de revenir sur Twama Paradise, une collaboration, par-delà la Méditerranée entre deux artistes d’origine tunisienne : Héla Fattoumi et Sondos Belhassen. Ces artistes sont proches, elles poursuivent des carrières comparables et au même moment leurs conditions de travail sont assez différentes, ce qui permet en creux de penser la différence culturelle au-delà de la question du genre.

Le numéro est complété par un entretien entre Valérie Da Costa et Camille Morineau, ancienne conservatrice au MNAM et fondatrice d’AWARE, une archive des femmes artistes qui fait désormais référence en France et à l’étranger.

Nous publions également le portfolio d’une jeune artiste, Mayssa Abdelaziz, et quelques comptes rendus.

 

Jérôme Glicenstein

Octobre 2026 


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Revue Marges. revue d'art contemporain
Nombre de pages : 192
Langue : français
À paraître le : 15/10/2026
EAN : 9782379246371
Première édition
CLIL : 3675 Revues sur l’art
Illustration(s) : Oui
Dimensions (Lxl) : 240×160 mm
Version papier
EAN : 9782379246371

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