Paris 8, Université des Créations

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Revue Extrême-Orient - Extrême-Occident
Nombre de pages : 192
Langue : anglais
À paraître le : 19/11/2026
EAN : 9782379246531
Première édition
CLIL : 4036 Asie
Illustration(s) : Oui
Dimensions (Lxl) : 220×155 mm
Version papier
EAN : 9782379246531
50430

Nomadic and sedentary mobilities on China’s margins

N°49/2025

Dans la lignée des travaux remettant en question la dichotomie traditionnelle entre nomades et sédentaires, Extrême-Orient, Extrême-Occident montre comment la mobilité permet de repenser ces catégories anthropologiques et historiques.

 

Qu’elles s’ancrent dans le temps long ou dans le contemporain, qu’elles relèvent de l’anthropologie, de l’archéologie ou de l’histoire, les contributions de ce volume ont pour point commun d’aborder le concept de mobilité dans les espaces périphériques du monde sinisé. Nomades et sédentaires, humains comme non humains, institutions locales ou étatiques y sont profondément affectés par la mobilité, dans ses dimensions à la fois politiques, environnementales, religieuses ou technologiques.

 

N.B. : ce numéro est intégralement rédigé en anglais

 

Sous la direction de : Dumont Aurore et Lycas Alexis
Auteur·ices : Chio Jenny, Chircop-Reyes Laurent, Golik Katarzyna, Lalou Elisabeth, et Lepri Chiara

Jenny Chio

La racialisation des corps dans un espace « naturel » : The Tourists (2011) de Dhunkar Kyab

Partout en Chine, le développement touristique se caractérise souvent par le spectacle saisissant d’environnements nouvellement construits. Mais qu’en est-il du tourisme dans les espaces dits « naturels » ? Cet article explore les liens entre espace, race et mobilité dans la zone panoramique (aujourd’hui fermée) de Nyanpo Yutse, au Qinghai, à travers une analyse du film The Tourists (2011, réalisé par Dhunkar Kyab). Par sa représentation des personnes qui se déplacent – en voiture, à pied et à cheval – dans cette zone panoramique, et par les négociations qui s’ensuivent entre elles, le film met en lumière la manière dont les expériences physiques et émotionnelles liées au fait d’être et de se déplacer dans la nature produisent des corps racialisés au sein de l’industrie touristique chinoise. Le tourisme dans cette région a su tirer parti des paysages spectaculaires composés de nature sauvage, d’eau et de montagnes. Je défends l’idée selon laquelle l’espace dans lequel se rencontrent différentes mobilités touristiques contribue à la racialisation des Tibétains et des Chinois précisément parce que l’expérience humaine de l’espace naturel est perçue comme profondément incongrue. Ces expériences incommensurables de la nature sont médiatisées par l’économie du tourisme, mais cet aspect, conclus-je, ne fait que confirmer davantage l’idéologie de la différence absolue qui est au cœur des processus de racialisation.


Laurent Chircop-Reyes

Marcher à travers le lœss et la steppe: une perspective ethnographique sur les pratiques caravanières et des escortes armées (fin de la dynastie Qing)

Cet article examine les formes de mobilité pratiquées par les caravaniers Han entre le nord de la Chine et la steppe mongole à la fin de la période Qing. Au-delà des distinctions binaires entre groupes nomades et sédentaires, il envisage le déplacement caravanier comme une pratique située et incarnée, structurée par des formes d’itinérance, d’ancrage temporaire et des savoirs localement ancrés. S’appuyant principalement sur des récits vernaculaires et des entretiens de terrain menés auprès de descendants de maîtres d’arts martiaux, l’étude adopte une perspective ethnographique attentive aux rythmes du déplacement, aux espaces traversés ainsi qu’aux rôles d’acteurs souvent relégués à l’arrière-plan, tels que les chameliers et les escortes armées. Plutôt que de reconstituer une histoire exhaustive du commerce caravanier, l’article cherche à interroger ce que pouvait impliquer le déplacement à pied en contextes préindustriels. Des références comparatives aux espaces sahariens, andins et aux récits de voyageurs européens sont mobilisées à titre heuristique afin de réfléchir aux dynamiques plus larges de la mobilité caravanière et de reconsidérer la marche comme pratique sociale historiquement située.


Katarzyna Golik

China, Inner Mongolia, post-nomads, spatial mobilities, social networks, migration, sedentarisation, economic conditions, urbanisation

Cet article explore la mobilité spatiale contemporaine des post-nomades récemment urbanisés à Hölön Buir, dans la région autonome de Mongolie-Intérieure en République populaire de Chine. Les enquêtes de terrain ont été réalisées dans la Bannière multi-ethnique autonome évenke où sont établies de nombreuses « nationalités minoritaires ». Cette étude de cas offre un aperçu de l’une des dernières étapes du déclin du nomadisme et illustre les processus de sédentarisation et d’urbanisation à l’œuvre dans marges de Chine. La question centrale de cet article est : le déclin du mode de vie nomade traditionnel met-il fin aux pratiques culturelles liées à la mobilité ?


Élisabeth Lalou

Nomadisme et itinérance

Quel écho est répercuté dans l’Europe du Moyen Âge par les six articles de l’ouvrage pour une médiéviste du xxie siècle ? Est-il possible de rapprocher les nomades aux frontières de la Chine et le pastoralisme en Europe représenté par les chemins de la Mestà en Espagne et la transhumance encore vivante actuellement ? Comment comprendre l’itinérance des souverains européens face à celle des empereurs chinois du xiiie siècle ? Les relations entre les pouvoirs et les populations nomades sont-elles du même type ? Comment enfin la mort forcément sédentaire comporte-t-elle néanmoins des éléments de mobilité ? Quelques idées parmi beaucoup d’autres sont évoquées ici.


Chiara Lepri

Repenser le pèlerinage : mobilité, identité et négociation culturelle dans Ala Changso de Sonthar Gyal

Cet article examine le film Ala Changso (2018) du réalisateur tibétain Sonthar Gyal comme une étude de cas révélant des formes de mobilité biographique, culturelle et affective. S’appuyant sur les études sur la mobilité et les études cinématographiques, l’article analyse d’abord le parcours du réalisateur – de son enfance semi-nomade au Qinghai à sa formation cinématographique formelle et à sa reconnaissance internationale – comme un exemple de mobilité personnelle dans et au-delà du cinéma institutionnel chinois. L’analyse se concentre ensuite sur le film lui-même, qui raconte le pèlerinage à travers le plateau tibétain d’une femme en phase terminale. D’abord ancré dans la dévotion religieuse, le voyage évolue vers les thèmes du soin familial et de la continuité émotionnelle. À travers des motifs visuels comme la prosternation, le paysage et les liens de parenté, Ala Changso redéfinit la mobilité comme un acte incarné et intersubjectif. Le film démystifie les parcours spirituels en les replaçant dans des pratiques de mémoire, de résilience et d’éthique relationnelle. La trajectoire de Sonthar Gyal et son film illustrent tous les deux l’espace en transformation dont disposent les cinéastes tibétains travaillant au sein de la République populaire de Chine, soulignant comment des perspectives culturelles locales peuvent enrichir les récits cinématographiques nationaux et transnationaux.


Gideon Shelach-Lavi, Johannes S. Lotze & Zhidong Zhang

Mobilité et mesures visant à réduire la mobilité dans le nord de la Chine et en Mongolie durant les périodes Khitan-Liao et Jürchen-Jin (916-1234)

Cet article aborde la mobilité comme un instrument politique et social utilisé par les dynasties Liao (916-1125) et Jin (1115-1234). Ces deux empires « hybrides », fondés par des peuples de traditions nomades et semi-nomades, ont employé la mobilité institutionnelle pour renforcer leur identité dynastique et asseoir leur autorité. Cet article interroge les raisons pour lesquelles ces dynasties précises, connues pour leurs efforts destinés à maintenir et à promouvoir certaines formes de mobilité, ont aussi construit de vastes murs, fossés et forts – des structures que nous désignons collectivement sous l’appellation MWS (Medieval Wall System) – pouvant être considérés comme limitant la mobilité. Notre analyse des sources archéologiques et historiques vise à mieux comprendre le processus ainsi que les objectifs de délimitation et de fortification des frontières durant cette période. Elle suggère que les lignes de murs et de fossés des dynasties Liao et Jin n’ont pas été construites pour stopper de grandes armées d’invasion. Leur but principal était plutôt de contrôler et de réguler les déplacements des populations, y compris ceux des « tribus » établies à la périphérie impériale et de leurs troupeaux. À cet égard, les politiques favorisant la mobilité et celles qui la restreignaient ont toutes mis en œuvre une approche caractéristique de la culture nomade: le contrôle des populations plutôt que du territoire.


Lia Wei

Itinéraires funéraires et maçons itinérants du cours supérieur du fleuve Bleu : les sépultures creusées dans la roche comme forme de monumentalité opportuniste

Les constructeurs de tombes rupestres sur les affluents sur du Haut Yangzi ont exploité la géomorphologie et l’hydrologie de la région pour qualifier et délimiter les espaces des vivants et des morts en termes symboliques et matériels. Comme ailleurs en Asie du Sud-Est, la sépulture sur falaise fonctionnait comme une expression d’identité collective, spécifiquement élaborée pour cet environnement fluvial, par les occupants de ses vallées et ses plateaux. La reconstruction expérimentale d’une tombe suggère l‘accessibilité technique de ces marqueurs paysagers, et fournit des éléments pour penser la mobilité des tailleurs de pierre et les modes de transmission de cette tradition. En comparant des formes antérieures et postérieures de “suspension des défunts”, y compris des exemples de cercueils en bois placés en surplomb sur la rivière, qui produisent un impact visuel saisissant sans travail important de la pierre, nous examinons la permanence des stratégies de localisation et de l’imaginaire environnemental associés aux sépultures sur falaise dans la région.

Jenny Chio

Racializing Bodies in “Natural” Space: Dhunkar Kyab’s The Tourists (2011)

Across China, tourism development is often marked by the visible spectacle of newly built environments. But what about tourism in places that are “natural” spaces? This article explores the conjuncture of space, race, and mobility in the (now closed) Nyanpo Yutse Scenic Area, Qinghai, through an analysis of The Tourists (2011, dir. Dhunkar Kyab). Through its depiction of the people who move—by car, by foot, and by horse—through the scenic area and the negotiations that ensue between them, the film illuminates how the physical and emotional experiences of being and moving in nature produce racialized bodies in China’s tourism. Tourism in this region capitalized on the spectacular landscape of wilderness, water, and mountains. I argue that the space in which different tourism mobilities encounter each other contributes to the racialization of Tibetan and Chinese people precisely because the human experience of natural space becomes perceived as vastly incongruent. These incommensurable experiences of nature are mediated through the economy of tourism, but this, I conclude, only further evidences the ideology of absolute difference at the heart of racializing processes.


Laurent Chircop-Reyes

Walking the Loess and the Steppe: an Ethnographic Perspective on Caravan and Armed Escort Practices (Late Qing Period)

This article examines forms of mobility practiced by Han caravanners across North China and the Mongolian steppe during the late Qing period. Moving beyond binary distinctions between nomadic and sedentary groups, it approaches caravan travel as a situated and embodied practice shaped by itinerancy, temporary anchoring, and locally grounded knowledge. Drawing mainly on vernacular narratives and fieldwork interviews with descendants of martial arts masters connected to caravan communities, the essay adopts an ethnographic perspective attentive to rhythms of movement, spatial sequences, and the roles of often-overlooked actors such as cameleers and armed escorts. Rather than reconstructing a comprehensive history of caravan trade, the article explores what movement on foot may have entailed under pre-industrial conditions. Comparative references to Saharan, Andean, and European travel accounts are used heuristically to reflect on broader dynamics of caravan mobility and to reconsider walking as a historically situated social practice.


Katarzyna Golik

Is the “End of Nomadism” also an End of Spatial Mobility? A Case Study of Urbanised Post-Nomads in an Inner Mongolian Town

This paper explores the contemporary spatial mobility of recently urbanised post-nomads in Hölön Buir area in Inner Mongolia Autonomous Region the People’s Republic of China (PRC). The fieldwork was conducted in the multi-ethnic Evenki Autonomous Banner where various “minority nationalities” live. This case study offers a glimpse into one of the last stages of the nomadism decline and exemplifies the issue of sedentarisation and urbanization in the margins of China. The main question of this paper is: does the decline of a traditional nomadic lifestyle put an end to cultural habits of mobility ?


Élisabeth Lalou

Nomadism and Itinerancy

What resonance do the six articles in this volume have in medieval Europe for a 21st-century medievalist? Is it possible to draw parallels between the nomads on the borders of China and pastoralism in Europe, as represented by the Mestà trails in Spain and the transhumance that is still practiced today? How can we understand the itinerancy of European sovereigns in comparison to that of 13th-century Chinese emperors? Are the relationships between the ruling powers and the nomadic populations of the same nature? Finally, how does death—which is necessarily sedentary—nevertheless involve elements of mobility? A few ideas, among many others, are discussed here.


Chiara Lepri

Reframing Pilgrimage: Mobility, Identity, and Cultural Negotiation in Sonthar Gyal’s Ala Changso

This article examines the film Ala Changso (2018) by Tibetan director Sonthar Gyal (ཟོན་ཐར་རྒྱལ།, Song Taijia 松太螜) as a case study in biographical, cultural, and affective mobility. Drawing on mobility studies and film studies, the paper first explores the director’s trajectory—from his seminomadic upbringing in Qinghai province to formal cinematic training and international recognition—as an instance of person-based mobility within and beyond Chinese institutional cinema. It then turns to the film itself, which portrays the pilgrimage of a terminally ill woman across the Tibetan plateau. Initially rooted in religious devotion, the journey gradually shifts toward themes of familial care and emotional continuity. Through visual motifs such as prostration, landscape, and kinship, Ala Changso redefines mobility as an embodied and intersubjective act. The film demystifies spiritual journeys, framing them as practices of memory, resilience, and relational ethics. Together, Sonthar Gyal’s career and his film exemplify the evolving space for ethnically Tibetan filmmakers working within the People’s Republic of China, showing how local cultural perspectives meaningfully shape both national and transnational cinematic narratives.


Gideon Shelach-Lavi, Johannes S. Lotze, and Zhidong Zhang

Mobility and Efforts to Reduce Mobility in North China and Mongolia During the Kitan Liao and Jurchen Jin Period (916–1234)

This paper addresses mobility as a political and social instrument applied by the Liao (916–1125) and Jin (1115–1234) dynasties. These two “hybrid” empires, established by people with nomadic or semi-nomadic traditions, used institutionalized mobility as a way to boost their dynastic identity and project their authority. At the core of this paper lies the question of why these specific dynasties, known for their efforts to retain and promote certain forms of mobility, also constructed large-scale long walls, ditches, and forts—structures that we collectively refer to as the Medieval Wall System (MWS)—which may be seen as mobility-reducing. Our analysis of the archaeological and historical sources aims to improve understanding of the process and objectives of border demarcation and fortification during this period. It suggests that the Liao and Jin wall and trench lines were not build to stop large-scale invading armies. Rather, their main aim was to control and regulate the movement of people, including “tribes” that occupied the imperial periphery, and their herds. In this respect, both mobility-encouraging and mobility-discouraging policies implemented a typical approach in nomadic culture: the control of people rather than territory.


Lia Wei

Funerary Itineraries and Itinerant Stonemasons along the Upper Yangzi: Rock-cut Burials as a Form of Opportunistic Monumentality

This paper explores how builders of rock-cut tombs used the Upper Yangzi region’s distinctive geomorphology and hydrology to both symbolize and physically demarcate relationships and boundaries between the living and the dead. Ethnographic analogies with cliff burials practiced in the wider Southeast Asian region, suggest that this funerary practice functioned as an expression of group identity among populations occupying the passes and tributaries of a carefully managed fluvial environment. An experimental reconstruction of a cave shows that these landscape markers could be produced with relatively little labor and specialized skill, shedding light on the mobility of stonemasons and transmission of the stoneworking tradition. By comparing earlier and later cliff-burial forms, including examples of wooden coffins suspended on riverine cliffs that produce a dramatic visual impact without extensive stoneworking, we consider the persistence of these locational strategies and the associated environmental imagination in the region.

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Revue Extrême-Orient - Extrême-Occident
Nombre de pages : 192
Langue : anglais
À paraître le : 19/11/2026
EAN : 9782379246531
Première édition
CLIL : 4036 Asie
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EAN : 9782379246531
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