Sifflements, remarques, gestes obscènes : le harcèlement de rue pèse chaque jour sur la liberté des femmes de circuler, de s’attarder, d’habiter la ville. Ces comportements pénibles, humiliants, parfois effrayants, ont pourtant été longtemps tenus pour des désagréments sans conséquences et confinés dans le silence de l’expérience privée. Le harcèlement de rue n’a ainsi été nommé qu’à partir des années 1980, et les pouvoirs publics français ont mis près de cinq décennies à s’en saisir, avant de choisir la voie de la pénalisation.
L’une des premières synthèses sur le sujet, ce livre retrace l’histoire de la constitution de ce phénomène comme un problème public. S’appuyant sur une ethnographie de longue durée, il interroge le cadrage sécuritaire qui fait du harcèlement l’antichambre du viol, pour insister sur ce qu’il est le plus souvent : un sexisme ordinaire, rendu possible par les conditions mêmes de la vie publique urbaine. Il montre enfin comment les femmes répondent aujourd’hui à ces intrusions, jusqu’au regain de l’autodéfense féministe.