Presses Universitaires de Vincennes

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Romancières sentimentales (1789-1825)
  • Auteur(s) : Brigitte Louichon
  • Collection : Culture et Société
  • Nombre de pages : 354
  • Langues : Française
  • Paru le : 10/01/2010
  • EAN : 9782842922399
  • Caractéristiques
    • Support : Livre broché
    • ISSN : 0993-6416
    • CLIL : 3643 Essais littéraires
    • ISBN-10 : 2-84292-239-5
    • ISBN-13 : 978-2-84292-239-9
    • EAN-13 : 9782842922399
    • Format : 137x220mm
    • Poids : 540g
    • Illustrations : Non
    • Édition : Première édition
    • Paru le : 10/01/2010
    •  
    • Support : PDF
    • ISBN-13 : 978-2-84292-487-4
    • EAN-13 : 9782842924874
    • Taille : 2 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 10/01/2010
    •  
    • Support : ePub
    • ISBN-13 : 978-2-84292-691-5
    • EAN-13 : 9782842926915
    • Taille : 1 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 10/01/2010
    •  
    • Support : pack ePub + PDF
    • ISBN-13 : 978-2-84292-798-1
    • EAN-13 : 9782842927981
    • Taille : 1 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 10/01/2010
    •  

Romancières sentimentales (1789-1825)

Très célèbres entre 1789 et 1820, avant que Stendhal, Balzac ou Hugo n’occupent le devant de la scène romanesque, les  romancières sentimentales seront pourtant très vite oubliées.

 Sophie Cottin, Adélaïde de Souza, Claire de Duras, Félicité de Genlis, Sophie Gay, Julie de Krüdener et Germaine de Staël ont toutes vu leurs destins bouleversés par la Révolution. Cette fracture leur a donné la possibilité et le désir d’écrire. Mais pourquoi leurs romans ont-ils disparu de l’histoire littéraire, alors qu’ils plaisaient aux contemporains ? Quel sens ces textes si vite réputés illisibles avaient-ils pour les lecteurs de la fin des Lumières ? Et que nous révèlent les romans sentimentaux féminins oubliés de celles et ceux qui les ont dévorés et admirés ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles cet essai tente de répondre.
L’ouvrage s’achève sur une interprétation d’Armance autorisée par la mise au jour de cette littérature romanesque féminine avec laquelle ou contre laquelle s’est écrit le premier roman de Stendhal.

Auteur(s) :
Brigitte Louichon

SommaireExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Auteur | Cottin (Sylvie) | Dix-huitième siècle | Dix-neuvième siècle | Duras (Claire de) | Femmes auteurs | Gay (Sophie) | Genlis (Félicité de) | Histoire | Krüdener (Julie de) | Littérature | Moi | Révolution | Roman | Romantisme | Rousseau | Souza (Adélaïde de) | Staël (Germaine de) | Stendhal

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Sommaire

Introduction
Avertissement


Chapitre 1 : Romancières à succès
Statut de la femme auteur
Des romancières célèbres
Des best-sellers ?


Chapitre 2 : enchantements, désenchantements
Un genre et un langage
Images de Rousseau
Sophie Cottin, lectrice de Rousseau
Écrire avec et contre Rousseau
Contes et romans
Portraits de romancières en conteuses


Chapitre 3 : Ouvertures
Les espaces intermédiaires
L’errance
Lieux romanesques, lieux littéraires


Chapitre 4 : Les voix à l’œuvre
Les romans du « je »
La forme par chapitres


Chapitre 5 : Conjonctions et disjonctions romanesques
Rencontre
Conjonction
Disjonctions
La fin de l’histoire


Chapitre 6 : Histoire de temps
Le temps immobile
Le temps mobile
Le passé


Chapitre 7 : Le temps de l’Histoire
Représentations
Figurations
Romans et discours historiques
Nostalgies
Une littérature du deuil


Chapitre 8 : Une autre parole
La parabole du muet
Des romans de la parole
Dénonciations
Aspirations
Adéquations


Chapitre 9 : Lecture d’Armance
Armance et Olivier
Le narrateur d’Armance
Le secret d’Armance

Conclusion
Notices bio-bibliographiques
Bibliographie
Table des matières

 




Résumé

Abstract

Extrait(s)

Introduction

Il est bien connu que les études portant sur les tournants de siècles souffrent des ruptures consacrées par la chronologie et adoptées par l’université. La période post-révolutionnaire en pâtit sans doute encore plus que les autres, pour des raisons historiques et littéraires. Entre 1789 et 1830, la rupture historique et ses conséquences sont telles que l’analyse littéraire semble déserter le terrain au profit de l’analyse historique. De plus, cette période considérée du point de vue littéraire paraît assez pauvre au regard du siècle des Lumières auquel elle fait suite et du Romantisme qu’elle précède 1. Elle est alors tenue, au mieux, comme une période de transition et, au pire, comme une époque de dégénérescence. Il est difficile, au vu de ces trois phénomènes­­­­ (rareté de l’analyse critique, importance de l’histoire politique et pauvreté supposée de la production littéraire) de démêler les causes des effets.

À cet égard, l’étude du genre romanesque semble particulièrement problématique. Entre Marivaux et Laclos, d’une part, ­Stendhal et Balzac, d’autre part, c’est comme si le roman disparaissait. Bien sûr, il y eut Chateaubriand, Senancour ou Benjamin Constant, mais on a quelques réticences à les qualifier de romanciers. Ils sont poètes ou autobiographes et René, Obermann ou Adolphe semblent plus participer d’une sensibilité que d’un genre. Les histoires du roman consacrent quelques pages au début du xixe siècle avant d’entrer dans le vif du sujet avec Stendhal et Balzac 2. Pourtant, à parcourir ces quelques pages, on voit revenir fréquemment certains noms, des noms jusqu’alors peu connus, voire inconnus, mais qui finissent par devenir familiers.

Or ces noms sont des noms de femmes. Non que l’on en dise beaucoup, mais ces quelques lignes, toujours présentes sur les romancières, finissent par rendre curieux. Alors on cherche, on épuise les bibliographies et la récolte est maigre. À tourner autour de cette énigme, les noms reviennent, cités par les plus grands : Chateaubriand, Balzac, Sainte-Beuve… On décide finalement d’aller lire ces mystérieux romans et on ne les trouve pas, ou difficilement : ils sont perdus dans les fonds patrimoniaux de nos bibliothèques, peu d’entre eux ont été réédités depuis la fin du xixe siècle. Cependant, à consulter les dates de leurs rééditions durant la première partie du xixe siècle, on s’aperçoit qu’ils ont été beaucoup lus.

Il apparaît donc, de manière assez évidente, que le roman ­entre 1789 et 1825 a été marqué par un engouement certain du public pour les productions romanesques féminines. De fait, « jamais le nombre des romancières n’a été aussi élevé qu’aux alentours de 1800 3 ». Il apparaît, de manière tout aussi évidente, que ces romans oubliés relèvent tous d’un genre (ou sous-genre) spécifique : le roman sentimental.

Ce vocable est en usage à l’époque puisqu’en 1791, paraît Werthérie, roman sentimental, un roman épistolaire de Pierre Perrin. En 1819, Pigoreau, dans son Dictionnaire des romans anciens et modernes, destiné aux tenanciers de cabinets de lecture, introduit la catégorie « romans sentimentaux ». C’est sans doute le premier exemple d’un usage taxinomique de l’expression. En 1908, Gustave ­Reygner consacre le premier ouvrage critique au genre avec Le Roman sentimental avant L’Astrée, qu’il définit comme un texte « dont le caractère distinctif est qu’il attache moins d’importance aux aventures, aux éléments extérieurs de l’action, qu’à l’analyse et à l’expression des sentiments 4. » Pour autant, lorsque Henri Coulet reprend l’expression pour catégoriser certains romans du xviiie siècle, il ne cache pas son caractère approximatif :

Sous cette dénomination, nous rangeons assez arbitrairement des romans qui diffèrent par le sujet et par la forme, mais qui ont pour objet la peinture et l’analyse des sentiments plutôt que la description des mœurs et de la société 5.

Les travaux d’Ellen Constans permettent de mieux appréhender l’objet car elle en propose une analyse théorique. Elle définit trois invariants. D’abord, le roman sentimental développe une fable constituée d’une seule histoire d’amour. Cette condition discrimine, par exemple, roman libertin et roman sentimental. Corollairement, les deux protagonistes de cette fable sont désignés comme éléments d’un couple dès les premières pages et on retrouvera le même couple au dénouement. À ce titre, la scène prototypique de la première rencontre, étudiée par Jean Rousset 6, est un signe fort d’appartenance générique. Par voie de conséquence, les autres personnages deviennent des utilités (au sens théâtral du terme). Le troisième invariant concerne le programme narratif tel qu’il se déroule à partir de la rencontre : disjonction (qui va occuper l’essentiel du volume) puis conjonction finale dans le malheur ou le bonheur 7. Le genre est ainsi défini hors de toute exclusive formelle. Tout comme il n’impose nulle contrainte du point de vue de l’univers de référence. En revanche, cette définition structurelle présente conjointement un système axiologique : l’amour est l’objet du désir et, en conséquence, il est aussi la valeur suprême.

Ellen Constans propose ensuite une périodisation. Dans les chapitres consacrés à la période 1715-1830, qu’elle nomme « l’âge d’or du roman sentimental », elle choisit comme entrée certaines œuvres (Les Lettres portugaises, Manon Lescaut, La Nouvelle Héloïse…), certains auteurs (Mme de Villedieu, Mme de Lafayette, Richardson…), des phénomènes (« l’influence de Richardson ») ou des entrées plus chronologiques (« romans du tournant du siècle »). La dernière entrée concerne « le roman sentimental féminin » 8. Il est consacré aux romancières de la fin du xviiie siècle et du début du xixe siècle. De la même manière, à propos de ce qui s’écrivait et se lisait alors que Stendhal et Balzac fourbissaient leurs premières armes, Margaret Cohen parle de « Sentimental works by women writers » 9. L’expression « romancières sentimentales » tente de rendre compte de cette double dimension du phénomène littéraire posé ici en objet d’étude. La question du genre et celle du gender y sont, de fait, historiquement conjointes.

En 1802, paraît une nouvelle de Mme de Genlis, La Femme auteur, qui illustre le dilemme de l’héroïne, Natalie, condamnée à renoncer au bonheur privé parce qu’elle devient une femme bénéficiant d’une notoriété publique. La condamnation de ce personnage par la voix narrative y est pour le moins suspecte, lorsque cette dernière glorifie, à la fin, le bonheur de Dorothée, la sœur de Natalie :

Elle n’eut point de renommée ; ses aventures ne furent point romanesques ; elle n’inspira point de grande passion ; on l’aima sans emportement, mais avec constance ; son nom, inconnu dans les pays étrangers, ne fut jamais prononcé dans le sien qu’avec estime et vénération ; elle fut utile à ses amis, elle fit le bonheur de sa famille ; tout cela vaut bien un roman : et cette félicité si pure vaut bien la célébrité d’une femme auteur 10.

Ce bonheur, qui n’est que l’envers du malheur de Natalie, et ne se décline qu’en termes négatifs, s’oppose aux pages dans lesquelles est évoqué le bonheur d’écrire de Natalie : « Écrire est pour moi une occupation délicieuse », affirme-t-elle, tandis que la voix narrative déclare : « Quand on écrit avec sincérité, qu’on ne cherche que dans son cœur les sentiments touchants qu’on veut exprimer, il y a dans cette occupation un tel charme, qu’elle peut facilement tenir lieu de bonheur 11 ». De fait, le discours du roman narre les aventures sentimentales de la femme auteur et la pose en héroïne. Quelles que soient les voix qui la condamnent (discours des personnages ou voix narrative) et quel que soit son destin, le lecteur éprouve de l’empathie pour Natalie. Si, au sein de la fiction, elle est le personnage socialement condamné, elle est, axiologiquement, la véritable héroïne. La voix narrative, souvent ambiguë ou ambivalente à l’égard du stéréotype négatif de la femme-auteur, ne saurait se confondre avec le discours du roman qui, condamnant l’héroïne au malheur et la plaçant au premier rang du personnel romanesque, condamne le stéréotype. De sorte que le discours du roman condamne le discours social institué par la fiction.

Est-ce à dire que Mme de Genlis s’inscrit en rupture avec son époque ? Certainement pas. En effet, la femme auteur posée en héroïne dans la nouvelle est une romancière du sentiment qui ne se résout à publier son œuvre que par charité, pour venir en aide à des malheureux, « pour faire une bonne action 12 ». Elle est cette femme auteur que l’époque autorise, apprécie et valorise même. Elle est une « romancière sentimentale » de fiction, qui doit beaucoup à Mme de Genlis elle-même 13.

À propos des écrits des romancières entre 1789 et 1800, ­Huguette Krief affirme :

L’ampleur du champ littéraire abordé par certaines romancières de la décennie révolutionnaire, la grande disparité des tons et des formes, montrent la mobilité extrême de leur écriture et le plaisir qu’elles éprouvent à manier des esthétiques différentes 14.

Très rapidement, le champ s’est réduit. Puisqu’on ne peut faire taire les femmes, on autorise et valorise la parole sentimentale féminine, ce qui est manière de la circonscrire strictement. En témoigne ce que Fontanes écrivait, en 1800, lors de la parution de l’ouvrage de Mme de Staël, De la littérature :

La littérature, quand elle est cultivée par des femmes, devrait toujours prendre un caractère doux et aimable comme elles. Il semble que leurs succès dans les arts, ainsi que leurs bonheurs dans la vie domestique, dépendent de leur respect pour certaines convenances. On veut, et c’est un hommage de plus qu’on rend à leur sexe, on veut en retrouver tout le charme dans leurs traits et dans leurs discours. À ce prix, leur gloire est assurée si elles montrent quelque talent ; et même après une tentative malheureuse, l’indulgence publique les excuse et les protège. Mais quand une femme paraît sur un théâtre qui n’est pas le sien, les spectateurs, choqués de ce contraste, jugent avec sévérité celle-là même qu’ils auraient environnée de faveurs et d’hommages, si elle n’avait point changé sa place et sa destination 15.

Le discours de Fontanes rend parfaitement compte du statut de la femme de lettres au tournant du siècle. Celle-ci a toute latitude pour écrire tant qu’elle reste sur « le théâtre qui est le sien ». Ce théâtre, c’est le roman sentimental. Ghetto pour les unes, espace de liberté pour d’autres, il constitue le cadre dans lequel peut s’exercer et continuer à s’inventer une forme d’expression féminine. Si elle s’y cantonne, la femme auteur peut aussi y gagner une grande notoriété. La femme auteur de Mme de Genlis est une de ces femmes aimables, qui n’a « point changé sa place et sa destination ».

L’année suivante, Mme de Genlis écrira une autre nouvelle, La Femme philosophe, attaque en règle contre Mme de Staël et Delphine, paru l’année précédente et dont le succès était immense. Relayant les critiques violentes que le roman suscitait, la fiction de Mme de Genlis, intégrant des citations nombreuses de Delphine et des déformations parodiques de De l’influence des passions, fait de l’héroïne une caricature de femme savante 16.

La « femme philosophe » est le négatif de la « femme auteur ». Ce faisant, Mme de Genlis, tout en surenchérissant sur la critique masculine, dénie à Mme de Staël la possibilité de s’inscrire, avec Delphine, dans le même registre que le sien, celui de la femme auteur acceptée. Elle cherche à l’exclure du champ littéraire auquel elle appartient, en faisant de Mme de Staël une « femme philo­sophe » et donc de Delphine autre chose qu’un roman sentimental, susceptible d’entrer en concurrence avec ses propres romans et nouvelles, au premier rang desquels on placera Mademoiselle de Clermont, parue la même année que Delphine, auréolée d’un immense succès et de louanges venues de tout bord.

La stratégie de Mme de Staël est différente. Dans la préface de Delphine, elle s’inscrit dans une histoire du genre dans laquelle le genre sentimental est au sommet de la hiérarchie : « Les romans que l’on ne cessera jamais d’admirer, Clarisse, Clémentine, Tom Jones, La Nouvelle Héloïse, Werther, etc., ont pour but de révéler ou de retracer une foule de sentiments 17 ». Inscrire Delphine dans cette continuité revient aussi à faire de son auteure l’égale des romanciers masculins cités : Richardson, Rousseau, Fielding ou Goethe. Dans le même temps, Delphine, inscrite dans une histoire générique, déserte ainsi l’espace contemporain dans lequel il prend effectivement place et que la préface ignore.

Lorsque Mme de Genlis fait l’éloge de la femme auteur et conspue la femme philosophe, lorsque Mme de Staël s’inscrit dans une histoire du genre relevant du masculin, elles définissent toutes deux, avec des tempéraments et des armes différents, chacune à sa manière, l’une en plein et l’autre en creux, un espace-temps de l’histoire littéraire auquel elles appartiennent, celui des roman­cières sentimentales, qui, on l’aura compris, ne faisaient pas toujours dans le sentiment !

Le présent ouvrage se propose de (re)visiter cet espace-temps en donnant à lire les textes qui le constituent et les discours qui l’instituent, en convoquant, comme dans les exemples proposés ici, le discours de la fiction, le discours préfaciel ou le discours critique de l’époque. Ces textes sont donc des romans sentimentaux de femmes, écrits entre 1794 et 1825 et ayant connu un succès remarquable. Mais on ajoutera un dernier élément de définition à l’objet. En effet, il convient de remarquer que ce succès est suivi d’un oubli très rapide et pratiquement total des œuvres et de leurs auteures. En témoigne, à titre d’exemple pris parmi tant d’autres, un article de Gaschon de Molènes, paru en 1842, dans La Revue des deux Mondes, évoquant Mademoiselle Justine de Liron (1832) de Jean- Étienne Delècluze :

Eh bien ! même dans cette histoire d’amour où auraient pu se glisser quelques rayons du jour enchanteur des bosquets de Clarens, de leur molle et mystérieuse clarté, on sent circuler l’air pénétrant et subtil qu’on respire dans Adolphe et dans Obermann.

Pour évoquer un roman sentimental qui, par de nombreux aspects, se rapproche de ceux dont il sera question dans cet ouvrage, sont convoqués Rousseau, Senancour et Benjamin Constant. Nulle mention de ces femmes auteurs, dont les « noms [sont] peu connus ou déjà oubliés, et hors de la grande route battue » comme l’écrivait Sainte-Beuve en 1839 18. La critique masculine d’un roman masculin convoque uniquement des références masculines 19. Pour autant, l’explication phallocratique suffit-elle à comprendre l’oubli et le dédain dans lesquels la postérité a tenu les romancières et leurs ­œuvres ? Qu’y trouvaient leurs contemporains que nous n’y trouvons plus ? Quel sens le lecteur conférait-il à ces textes que l’histoire littéraire a si vite réputés illisibles ? Telles sont quelques-unes des questions auxquelles on tentera de répondre ici.

Dès lors, l’histoire littéraire à laquelle ce livre voudrait contribuer est tout autant une histoire des textes et des auteurs qu’une histoire des lecteurs et des lectures, une histoire qui s’intéresse au « lecteur ordinaire » :

Sans ces lecteurs-là, nous ne comprendrions pas, pour l’essentiel, l’histoire des genres littéraires, le destin de la « bonne » et de la « mauvaise littérature », la persistance ou le déclin de certains modèles ou paradigmes 20.

Lorsque l’on considère « la littérature elle-même comme témoin principal des suggestions qu’elle a reçues de l’esprit public 21 », l’objet d’étude le plus approprié est indéniablement le livre à succès « qui exprime ce que le groupe attendait, qui révèle le groupe à lui-même 22 ». Romancières sentimentales s’intéresse ainsi à cet « esprit public », à ce que les romans sentimentaux féminins oubliés révèlent des lecteurs qui les ont dévorés et admirés. Dans cette perspective, il participe d’une histoire culturelle, d’une histoire des sensibilités et des mentalités 23 et il donne à lire les romans en essayant de reconstruire l’espace – essentiellement discursif – dans lequel les textes s’inscrivent.

Sophie Cottin était, à cette époque, une des plus célèbres et assurément la plus lue de ces romancières 24. Alors qu’elle était en train d’écrire Mathilde, en 1805, elle affirme dans sa correspondance : « La religion ébranlée a besoin d’être prêchée dans toutes les langues, et celle du roman est aujourd’hui la plus générale 25 ». Cette « langue du roman » constitue l’objet de cette recherche, la langue du roman telle qu’elle s’écrivait et se comprenait, la langue oubliée d’une époque-charnière. Si le roman est une langue, alors le chercheur qui l’étudie est un linguiste. Aussi, et pour en terminer avec cette analogie, seront ici convoquées une linguistique de l’énoncé et une linguistique de l’énonciation. Autrement dit, cet ouvrage donne à lire les textes mais toujours en référence au contexte dans lesquels ils s’énoncent et qui les éclaire. C’est donc à une immersion dans le passé que le lecteur est ici convié, qui privilégie d’abord la mise en relation des textes et des discours de l’époque. Ce faisant, on tente de se dégager d’une lecture qu’informent massivement les codes réalistes 26, on s’essaie à une réception de ces romans qui ignorerait la suite de l’histoire, à l’instar de celle des lecteurs de l’époque qui ont le sentiment que les possibilités offertes par le genre romanesque s’épuisent. Ainsi, dans « Les Promenades d’un fou », sorte de billet d’humeur qui paraît en 1800 dans La Décade Philosophique, l’auteur dit à un jeune romancier : « Tout est épuisé : les actions de l’homme ont été recueillies ou devinées par les romanciers, ils ont raconté de leurs héros tout ce que vous raconterez des vôtres 27. » Aux alentours de 1820, Sismondi écrit à Madame de Souza :

Il me semble […] que le genre même du roman commence à s’épuiser et en effet on doit s’étonner d’en voir si peu paraître aujourd’hui ; non seulement de bons, mais même de médiocres ou de mauvais. […] Chaque nouvel écrivain cherche à exploiter un filon nouveau et c’est bien l’indication que la mine principale est épuisée28.

Il s’agit donc de tenter de lire les romans que l’on lisait durant les premières décennies du xixe siècle, en faisant comme si Balzac et Stendhal n’avaient rien publié, en faisant comme si on ne savait pas tout ce que le roman serait au siècle naissant.

On comprendra donc que l’objectif de cet ouvrage n’est pas prioritairement de réhabiliter une littérature que l’on aurait injustement oubliée. Il s’agit d’abord de participer au comblement d’un vide relatif. Lorsque Michel Delon écrit, à propos des personnages créés par les romancières sentimentales : « Il faut donner leur juste place aux aspirations de Claire d’Albe et d’Adèle de Sénanges [sic] 29, aux combats de Delphine et de Corinne. Elles ont contribué à faire le roman moderne et la société nouvelle 30 », la formule finale est forte. Pourtant, la « juste place » accordée aux personnages comme aux romancières tient, dans l’ouvrage cité, en une demi-page.

Il s’agit dans le même temps de contribuer à une nouvelle histoire littéraire, celle rêvée par Henri Mitterand :

On rêve d’une histoire de la littérature qui apporterait pour toute époque charnière […] une analyse globale de ce qui se disait, de ce qui s’écrivait, dans l’arrière-texte des grands textes. Ce serait là une véritable sociocritique, la sociocritique des totalités, ou du moins des intertextualités. Seule elle permettrait de saisir les corrélations qui donnent à chaque œuvre prise à part sa profondeur originale, et qui dessinent le paysage intellectuel d’un temps 31.

En effet, on aimerait, au tournant des xviiie et xixe siècles, à l’aube de l’avènement du roman moderne réaliste, à l’époque où Balzac, Stendhal ou Hugo apparaissent, saisir une partie « de ce qui se disait, de ce qui s’écrivait », faire émerger ce qui participait d’une doxa littéraire, chercher à quelles « questions » les textes étudiés et lus avec ferveur apportaient des « réponses » suivant la terminologie de Jauss, tout en sachant que « les textes non canoniques sont des fragments de solutions égarées, ou des réponses à des questions que nous n’entendons plus 32 », étudier « l’appel et la réponse [car] ce sont les passions des hommes vivant en société et des groupes qu’ils composent qui fournissent à la littérature ses tâches et son aliment 33 ».

S’inscrire dans cette « sociocritique des totalités », c’est proposer de l’analyse des œuvres réputées mineures une approche qui n’est plus seulement fondée sur une simple curiosité – au demeurant légitime et source de plaisirs vifs. L’objectif est sans doute plus ambitieux quant à ses enjeux, mais aussi peut-être plus modeste parce qu’il n’a réellement de sens qu’associé à d’autres travaux. Pierre Bourdieu a posé les bases et défini le sens de cette approche :

L’analyste qui ne connaît du passé que les auteurs que l’histoire littéraire a reconnus comme dignes d’être conservés se voue à une forme intrinsèquement vicieuse de compréhension et d’explication : il ne peut qu’enregistrer, à son insu, les effets que ces auteurs ignorés de lui ont exercés, selon la logique de l’action et de la réaction, sur les auteurs qu’il prétend interpréter et qui, par leur refus actif, ont contribué à leur disparition ; il s’interdit par là de comprendre vraiment tout ce qui, dans l’œuvre même des survivants, est, comme leur refus, le produit indirect de l’existence et de l’action des auteurs disparus 34.

L’entreprise relève bien d’une lecture fortement inspirée par les théories de Bourdieu. Sentimental Education of the Novel de Margaret Cohen, ouvrage qui s’inscrit lui aussi dans cette perspective théo­rique, démontre l’importance historique du genre sentimental dans l’émergence du réalisme. Montrant comment celle-ci doit être lue comme un déplacement des codes sentimentaux, l’auteure explore le « roman social sentimental » (« the sentimental social novel »). La première partie de son ouvrage concerne les premières décennies du xixe siècle. Confrontée à un problème de méthode, l’auteure choisit de privilégier un texte, Claire d’Albe (1799) de Sophie Cottin, roman dans lequel les caractéristiques du genre apparaissent particulièrement clairement 35.

Dès que le travail du chercheur en littérature ne se cantonne pas à un auteur ou à une œuvre, se pose inévitablement la question de la sélection des textes et des auteurs convoqués pour observer, décrire et problématiser l’objet. Dans Romancières sentimentales, le choix des œuvres et des romancières est essentiellement fondé sur la notoriété des auteures et des textes, gage d’une réception large. L’assurance que ces romans ont été massivement lus et commentés en leur temps permet de les inscrire de manière dynamique dans un « genre/gender » dont ils procèdent et, que, dans le même temps, ils construisent.

Margaret Cohen introduit sa réflexion en partant d’une lecture des Illusions perdues. Elle montre comment la fiction balzacienne propose une reconstruction du champ littéraire en 1821 (date à laquelle Lucien rencontre l’éditeur Doguereau) qui ne correspond pas tout à fait à la réalité de l’époque. Si le roman gai, le roman gothique et le roman historique y apparaissent comme les genres à la mode, l’absence du roman sentimental y est particulièrement notable, puisqu’il est le plus réputé à cette date. En note, elle cite les romans que la critique de l’époque considère comme les meilleurs ; il se trouve qu’ils forment à peu près le corpus sur lequel s’appuie cet ouvrage : Delphine (1802) et Corinne (1807) de Mme de Staël ; Claire d’Albe (1799), Malvina (1801), Amélie Mansfield (1803) et Mathilde (1805) de Mme Cottin ; Adèle de Sénange (1794), Charles et Marie (1802), Eugène de Rothelin (1808) et Mademoiselle de Tournon (1820) de Mme de Souza ; Mademoiselle de Clermont (1802), La Duchesse de la Vallière (1804), Mademoiselle de la Fayette (1813) de Mme de Genlis ; Caroline de Lichtfield (1786) de Mme de Montolieu ; Valérie (1804) de Mme de Krüdener ; Ourika (1824) et Édouard (1825) de Mme de Duras 36.

En ce qui concerne le choix des romancières, on a ajouté Sophie Gay, peut-être la plus oubliée des romancières sentimentales, mais dont les principaux romans (Laure d’Estell, 1802, Léonie de Montbreuse, 1813, Anatole, 1815) eurent un succès non négligeable. Au regard de la fortune critique de Mme de Staël, la présence de ses deux romans dans ce corpus peut paraître problématique 37, voire sacrilège. Pourtant, si le critère est celui de la réception des romans à l’époque, elle doit, très évidemment et très simplement, être considérée, elle aussi, tout comme ses consœurs, comme une « romancière sentimentale ». Enfin, de la liste établie par Margaret Cohen, un texte a disparu : Caroline de Lichtfield de Caroline de Montolieu. Ce roman est paru en 1786. Le corpus ici constitué propose de faire l’hypothèse que, même si les textes s’écrivent dans une évidente continuité avec les romans du xviiie siècle, ils ne peuvent sortir indemnes de la rupture révolutionnaire et qu’ils en disent quelque chose. Aussi Caroline de Lichtfield et, pour la même raison, l’œuvre de Mme de Charrière, ne font pas partie de ce corpus.

Pour ce qui concerne le choix des textes des romancières citées par Margaret Cohen, on a ajouté le dernier roman de Mme Cottin, Élisabeth (1806), parce qu’il apparaît en deuxième place, dans la liste des romans les plus lus des années 1815-1820 38 et qu’il permet d’appréhender jusqu’à son terme la carrière de la romancière la plus emblématique de cette époque. De même, et dans l’idée de mieux comprendre des itinéraires singuliers, on a ajouté des romans plus tardifs de Mme de Souza (La Comtesse de Fargy, 1822) ou de Mme de Genlis (Inès de Castro, 1817, et Palmyre et Flaminie ou le Secret, 1821). On a aussi privilégié les textes aujourd’hui accessibles. Car il convient de noter que les éditions récentes de certaines de ces œuvres se sont multipliées ces dernières années 39. C’est la raison pour laquelle on fera ici une place importante au dernier roman de Mme de Duras, Olivier ou le Secret. Quoique non publié à l’époque de sa rédaction, il nous est enfin heureusement dévoilé dans son intégralité 40, grâce à Marie-Bénédicte Diethlem qui a retrouvé et édité le manuscrit.

Cet ouvrage croise donc les œuvres et les fait dialoguer. Ce faisant, il montre que, si les romancières se saisissent des mêmes codes et habitent le même espace, elles ne sauraient se confondre les unes avec les autres. Il se donne donc aussi pour objet de faire ressurgir ces voix oubliées et ces paroles singulières. Quand la critique ne les ignore pas totalement, elle traite de tous ces romans, de toutes ces vies en quelques lignes. Elles forment « une école de romancières […] sous le Directoire et l’Empire 41 », elles sont « les bas-bleus de l’Empire 42 », « les romancières de l’an XII 43 », un ensemble que l’on rend homogène à force de simplifications et d’amalgames. Il est vrai que l’époque à laquelle vécurent ces femmes leur donna souvent une couleur uniformément tragique. La Révolution a bouleversé leurs destins mais de cette immense fracture ont jailli l’envie, la possibilité, le désir d’écrire. Elles ont saisi cette opportunité chacune à sa manière. Romancières sentimentales se veut l’écho d’un phénomène général, tout autant que la remémoration de chacune d’entre elles. À lire massivement ces romans oubliés, il apparaît vite que l’uniformité dénoncée, et qui justifierait une exclusion du panthéon romanesque, n’est qu’un effet de perspective. À regarder les choses de loin et de haut, il est impossible de discerner les nuances et les différences.

Dans l’avant-propos d’Armance, Stendhal écrit :

Si l’on demandait des nouvelles du jardin des Tuileries aux tourterelles qui soupirent au faîte des grands arbres, elles diraient : C’est une immense plaine de verdure où l’on jouit de la plus vive clarté. Nous, promeneurs, nous répondrions : C’est une promenade délicieuse et sombre où l’on est à l’abri de la chaleur, et surtout du grand jour désolant en été.

C’est ainsi que la même chose, chacun la juge d’après sa position ; c’est dans des termes aussi opposés que parlent […] des personnes également respectables qui veulent suivre des routes différentes 44.

L’histoire littéraire, pour être toujours écrite par « des personnes respectables », ne fait jamais qu’adopter une « position » particulière et suivre une « route » particulière. La route empruntée et la position adoptée ici, qui sont profondément ancrées dans le contexte historico-littéraire de l’époque, aspirent à faire jouer l’ombre et la lumière sur un ensemble de textes dont certains sont comme tombés en poussière.

Dans Romancières sentimentales, on écoutera donc des voix qui se sont tues. On entendra la voix de Mme de Genlis, sorte de tâcheron de l’écriture, acariâtre et hargneuse, et soudain, au détour d’un roman, capable d’émouvoir ou de faire sourire. On entendra celle de Mme de Souza, épouse d’un diplomate portugais qui passa sa vie à éditer Camoëns, cette voix comme venue du xviiie siècle mais qui parle si bien de son époque. On entendra la voix de Mme de Krüdener, cosmopolite mondaine avant de devenir mystique exaltée, voix harmonieuse de l’auteure de Valérie. On entendra la voix exaltée d’une Mme Cottin, effacée à outrance, vivant retirée dans la seule compagnie d’une cousine qu’elle aimait un peu trop, et devenant au fil du temps une romancière de métier, qui sut séduire ses lecteurs sans jamais renoncer à ses aspirations. On entendra la voix de la très joyeuse et très mondaine Mme Gay, qui chantait avec Garat et ciselait des épigrammes redoutables. Et encore la voix si ténue de la très noble Mme de Duras qui, lisant ses romans à une poignée d’auditeurs choisis, disait discrètement son mal-être et son désir d’être aimée. Et à toutes ces voix oubliées, sera mêlée celle de Mme de Staël, délibérément associée à ses consœurs. Pour ce qui concerne Mme de Staël et Mme de Genlis, on ne convoquera ici que leurs romans. Les œuvres philosophiques et morales, les pièces de théâtre, les Mémoires sont exclus. Ils ne serviront qu’occasionnellement à éclairer la question du statut du roman, du genre et des auteures.

Ces œuvres romanesques seront mises en perspective et éclairées par certains Mémoires ou par des correspondances, souvent inédites ou difficiles d’accès, qui feront ressurgir une parole plus intime, tandis que la presse ou la critique de l’époque feront aussi entendre les échos d’un monde au sein duquel ces voix oubliées retentissaient avec force.

Cet ouvrage essaie ainsi d’apporter un certain nombre de réponses aux questions que suscite cet engouement massif pour les romancières sentimentales, considéré ici comme un phénomène littéraire, historiquement circonscrit. L’analyse s’appuie soit sur un roman considéré comme particulièrement éclairant, soit sur une lecture croisée de plusieurs œuvres, afin de s’inscrire dans la double dynamique annoncée (analyse d’un phénomène collectif et remémoration de textes et d’auteures singuliers) 45.

Il convient d’abord de tenter de mesurer cet engouement, à partir d’une mise en perspective socio-littéraire. La question se pose ensuite des influences et de l’arrière-plan littéraire à partir duquel ce corpus se constitue. De quel roman sentimental les romancières sentimentales sont-elles les héritières ? Quelles évolutions font-elles subir au genre ? On cherchera aussi à interroger un certain nombre de poncifs appliqués à cette littérature féminine concernant les modalités narratives, la dimension autobiographique et le rapport au romanesque. La question la plus importante concerne le sens que l’époque a pu conférer à ces œuvres qu’elle a lues avec passion. On proposera quelques réponses en forme d’hypothèses, relatives à l’expérience de la rupture révolutionnaire et au rapport au langage.

La dernière question concerne la postérité de cette littérature sentimentale féminine. Si le lectorat la délaisse rapidement, il n’en demeure pas moins que la littérature qui lui succède s’en souvient. Romancières sentimentales se conclut donc sur une « lecture d’Armance ». Celle-ci ne se contente pas de renouveler une étude des sources du premier roman de Stendhal, paru en 1827. En s’appuyant sur la reconstruction d’un système de références intertextuelles, mis au jour par l’analyse des œuvres des romancières sentimentales, on propose une interprétation nouvelle du secret d’Octave et du roman de Stendhal.

1. Nous parlons ici en termes de découpages traditionnels sur lesquels repose l’histoire littéraire des décennies passées. C’est elle qui a généré l’état de la recherche contemporaine quelles que soient les approches actuelles.

2. Cf. par exemple, Michel Raimond, Le Roman depuis la Révolution, Paris, Armand Colin, 1981. Plus récemment, Christophe Pavie ouvre le volume Modernités de l’Histoire de la France littéraire par une contribution intitulée « Le Roman au xixe siècle » dans laquelle sont successivement évoqués Mme de Staël, Chateaubriand, Constant puis Stendhal. Nulle mention n’est faite des romancières de l’époque. Patrick Berthier et Michel Jarrety (dir.), Histoire de la France littéraire – Modernités, Paris, PUF, 2006.

3. Françoise Mélonio, Bertrand Marchal, Jacques Noiray, La Littérature française : dynamique et histoire II, (dir. Jean-Yves Tadié), Paris, Gallimard, « Folio Essais », p. 449.

4. Gustave Reygnier, Le Roman sentimental avant l’Astrée [1908], Paris, Armand Colin, 1972, p. 8.

5. Henri Coulet, Le Roman jusqu’à la Révolution, Paris, Armand Colin, 1967, p. 378.

6. Jean Rousset, Leurs yeux se rencontrèrent, Paris, Corti, 1984.

7. Ellen Constans, Parlez-moi d’amour – Le Roman sentimental, Limoges, PULIM, 1999, p. 18-21.

8. Ibid., p. 152-168.

9. Margaret Cohen, The Sentimental Education of the Novel, Princeton, Princeton University Press, 1999, p. 6. Seule l’introduction de cet ouvrage important est disponible en français : « Une reconstruction du champ littéraire : faire œuvre du désordre du siècle », Littérature, n° 124, décembre 2001.

10. Mme de Genlis, La Femme auteur, Martine Reid (éd.), Paris, Gallimard, « Folio », 2007, p. 98.

11. Ibid., p. 23 et p. 66

12. Ibid., p. 75.

13. Par exemple, l’insistance sur le fait que Natalie joue de la harpe (comme Mme de Genlis) n’est pas gratuite. Cf. la présentation de La Femme auteur par Martine Reid.

14. Huguette Krief, Vivre libre et écrire, Anthologie des romancières de la période révolutionnaire (1789-1800), Oxford, Voltaire Foundation Ltd, 2005, p. 9.

15. Le Mercure de France, le 20 juin 1800.

16. Cf. Florence Lotterie : « Un aspect de la réception de Delphine : La figure polémique de la “femme philosophe” », Cahiers staëliens, n° 57, 2006, p. 119-138.

17. Mme de Staël, Delphine, Béatrice Didier (éd.), Paris, GF-Flammarion, 2000, p. 50. Clémentine est l’héroïne du roman de Richardson, Sir Charles Grandisson.

18. Sainte-Beuve, Portraits de femmes, Gérald Antoine (éd.), Paris, Gallimard, « Folio », 1998, p. 490.

19. Cette occultation du féminin, y compris dans la catégorie générique du roman sentimental, perdure longtemps. Par exemple, en 1928, l’éditeur Quillet dans sa collection « les classiques Quillet » propose, sous la direction de Raoul Mortier, un volume « roman sentimental » qui comprend Paul et Virginie, Adolphe et Graziella. En 1960, la collection est dirigée par Paul Penciolelli et le volume « roman sentimental » comprend cette fois La Princesse de Clèves, Paul et Virginie, Adolphe et La Jeune sibérienne (de Xavier de Maistre).

20. Jean Starobinski, Préface de Hans Robert Jauss, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1978, p. 19.

21. Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, Paris, Corti, 1985, p. 465.

22. Robert Escarpit, Sociologie de la littérature, Paris, PUF, « Que sais-je ? » 1958, p. 109.

23. Ce faisant, il doit beaucoup à la magistrale somme d’André Monglond, Le Préromantisme français, Paris, Corti, 1969.

24. Martyn Lyons a établi, pour les années 1810-1850, des listes de ce qu’il nomme des « best-sellers ». Ces listes constituent une sérieuse remise en cause des représentations léguées par l’histoire littéraire. Pour la période 1816-1820, Mme Cottin arrive en quatrième position avec Claire d’Albe (après les ­Fables de La Fontaine, le Catéchisme historique de Fleury, Télémaque de Fénelon et avant Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre). Élisabeth, le dernier roman de Mme Cottin, arrive en sixième position pour la période. Martyn Lyons, Le Triomphe du livre. Une histoire sociologique de la lecture dans la France du xixe siècle, Paris, Promodis, 1987, p. 83.

25. Lettre inédite à Jean-Paul Cottin, BnF, Nafr., 15977, f°135.

26. Margaret Cohen donne comme exemple de ces lectures, Maurice Bardèche, Balzac romancier, la formation de l’art du roman chez Balzac (1820-1835), Paris, Plon, 1945 [Genève, Slatkine, 1967]. Elle cite aussi, très justement, le livre de Joan Hinde-Steward, Gynographs. French Novels by Women in the Late Eigtheenth Century, Lincoln & London, University of Nebraska Press, 1993. En effet, dans cet ouvrage, l’auteure cherche à montrer comment les textes convoqués signifient de manière réaliste, par delà une poétique artificieuse.

27. La Décade philosophique, littéraire et politique, 11 mars 1800.

28. Lettre de Sismondi à Mme de Souza, non datée (mais probablement autour de 1820), citée par Kirsty Carpenter, The Novels of Madame de Souza in Social and Political Perspective, Bern, Peter Lang, 2007, p. 257

29. L’héroïne du roman éponyme de Mme de Souza se nomme Adèle de Sénange (sans « s »). Il y a peut-être confusion avec Mme de Sénanges, personnage des Égarements du cœur et de l’esprit de Crébillon fils.

30. « Le roman, héritage et innovations », dans Jean-Charles Darmon et Michel Delon (dir.), Histoire de la France littéraire – Classicismes, Paris, PUF, 2006, p. 700.

31. Henri Mitterand, « Pour une sociocritique des totalités (l’année 1875) », dans Le Discours du roman, Paris, PUF, 1986, p. 263-264.

32. Margaret Cohen, « Une reconstruction du champ littéraire… », op. cit., p. 37.

33. Paul Bénichou, Le Sacre de l’écrivain, op. cit., p. 464 et 465.

34. Pierre Bourdieu, Les Règles de l’art. Genèse et structure du champ littéraire, Paris, Le Seuil, 1992, p. 106-107.

35. Margaret Cohen, The Sentimental Education of the Novel, op. cit., p. 34.

36. Ibid., p. 26-31 et particulièrement note 12, p. 29.

37. Ainsi, Colette Cazenobe dans l’introduction de son ouvrage Au malheur des dames. Le Roman féminin au xviiie siècle, Paris, Champion, 2006, justifiant ses choix, explique qu’elle a éliminé Mme de Staël car son cas est « trop ­complexe » et que sa prise en compte aurait amené à « compliquer les ­réponses », p. 23.

38. Cf. ci-dessus note 16.

39. Cf. bibliographie en fin d’ouvrage.

40. Denise Virieux avait donné en 1971 une version fragmentaire du roman, éditée chez Corti.

41. Michel Delon, Histoire de la France littéraire – Classicismes, op. cit. p. 700.

42. C’est le titre d’un ouvrage d’Alfred Marquiset, Les Bas-bleus de l’Empire, Paris, Champion, 1913.

43. Expression de Jean Gaulmier dans « Roman et connotations sociales : Mathilde de Mme Cottin », dans Roman et Société, Publication de la Société d’Histoire littéraire de la France, Paris, Armand Colin, 1973, p. 8.

44. Stendhal, Œuvres romanesques complètes (I), Yves Ansel et Philippe Berthier (éd.), Paris, Gallimard, « Bibliothèque de La Pléiade », 2005, p. 85-86.

45. Pour permettre cette lecture croisée de textes et d’auteures peu connus, on trouvera en annexe, pour chacune des romancières, une notice biographique et les résumés des principaux romans convoqués.

Culture et Société

Présentation

Les oeuvres et les savoirs humains s'inscrivent dans des institutions sociales comme dans des formes historiques du langage. C'est donc l'étude des modes discursifs qui fait la spécificité de cette collection : l'approche sociocritique s'y applique aussi bien à des mouvements militants qu'à des représentations textuelles, elle peut interroger l'invention d'une différence des sexes comme des pratiques méconnues des avant-garde artistiques.

« Interférences des écrits, des institutions et des formes »

Sous la direction de Denis Pernot et Violaine Roussel