Presses Universitaires de Vincennes


Histoire

Genre et utopie
  • Auteur : Collectif
  • Collection : Temps & Espaces
  • Paru le : 10/09/2014
  • EAN : 9782842924126
  • ISBN : 978-2-84292-412-6
  • 406 pages, 137x220mm
  • Illustrations : Non
  • Édition : Première édition
  • Plus d'informations
    • Support : PDF sans DRM
    • Protection : Marquage (water mark)
    • ISBN : 978-2-84292-495-9
    • EAN : 9782842924959
    • Taille : 2 Mo
    • Illustrations : Non
    • Support : ePub sans DRM
    • Protection : Marquage (water mark)
    • ISBN : 978-2-84292-698-4
    • EAN : 9782842926984
    • Taille : 3 Mo
    • Illustrations : Non

Genre et utopie

Avec Michèle Riot-Sarcey

Des « questions vives » de notre société (le genre, les utopies politiques, la démocratie, l’engagement…) pour mieux penser les enjeux politiques du présent.

Genre et utopie rassemble les contributions de collègues et d’anciens étudiants désireux de rendre hommage au travail de Michèle Riot-Sarcey, professeure émérite d’histoire contemporaine à l’Université Paris 8. Ce livre est né du sentiment que notre actualité politique nécessite plus que jamais d’être questionnée grâce aux outils de l’histoire et de la pensée critique. Il postule que l’exhumation des utopies oubliées du XIXe siècle nous permet de mieux comprendre les impasses de notre présent.
De même, alors que les études de genre ont suscité récemment de grandes incompréhensions et mésinterprétations, il semble pertinent de rappeler que le genre n’est pas une « théorie » mais bien un concept permettant de dévoiler l’histoire des processus de domination entre les sexes qui sont toujours à l’œuvre dans notre société.

Coordinateur(s) du numéro :
Laurent Colantonio |

Caroline Fayolle |
Coauteur(s) :
Florent Perrier |
René Schérer |
Auteur(s) :
Éric Aunoble |
Gilles Candar |
Jean-Claude Caron |
Christophe Charle |
Laurent Colantonio |
Nicole Edelman |
Florence Encrevé |
Maurizio Gribaudi |
Louis Hincker |
E. Igor Mineo |
Claudia Moatti |
Timothée Nay |
Nicolas Offenstadt |
Christine Planté |
Jacques Rougerie |
Danielle Tartakowsky |
Irving Wohlfarth

SommaireRésuméExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Démocratie | Discontinuité | Dix-neuvième siècle | Féminisme | Genre | Histoire | Intellectuel | Militantisme | Recherche | République | Révolution | Temps | Université Paris 8 | Utopie

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Sommaire

Avant-propos           

I. Genre

Une notable libérale sous la Restauration. Lise Daniels, comtesse Foy (1790-1868)
Jean-Claude Caron

L’amour en 1848
Louis Hincker       

Judith Shakespeare, ou la fiction comme histoire des outsiders 
Christine Planté  

Femmes et communistes : un engagement dans la guerre civile en Ukraine (1918-1919)
Éric Aunoble     

Un parcours entrecroisé
Nicole Edelman        

II. Utopies et discontinuités

L’inachevé de l’histoire. Sur quelques notes tardives de Walter Benjamin
Irving Wohlfarth      

La langue des signes : perpétuelle « utopie » des sourds (xviiie-xxe siècle)
Florence Encrevé 

Du corps faussé au corps funambule : l’enfance, réel de l’utopie
Florent Perrier, René Schérer           

Pierre Leroux et La Grève de Samarez. Fragments d’un rêve oublié
Maurizio Gribaudi 

           III. Révolution, république et démocratie

Entre caritas et commons. De l’historicité du bien commun
E. Igor Mineo        

Entre le réel et l’utopie : République démocratique et sociale, Association, commune, Commune
Jacques Rougerie  

Paris, octobre 1909… Passages et traverses socialistes
Gilles Candar     

Protesters de tous les pays…
Danielle Tartakowsky

Cheminements de la critique
Claudia Moatti  

IV. Se situer dans son propre présent

Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire. Courte histoire contemporaine d’une pratique d’engagement (2005-2007)
Nicolas Offenstadt 

Élites politiques et enseignement supérieur, sociologie historique d’un divorce et d’un échec (1968-2011)
Christophe Charle   

Portrait de Michèle en apprenante
Timothée Nay   

Le réel d’Augustine. Entretien avec Michèle Riot-Sarcey
Laurent Colantonio  

 

Bibliographie sélective de Michèle Riot-Sarcey           

Les auteurs           

Les coordinateurs           

Résumé

Ces essais mettent en valeur les facettes principales de l'œuvre historique de Michèle Riot-Sarcey, qui a conduit des recherches foisonnantes sur l'histoire du XIXe siècle et formé à l'Université Paris 8 des générations d'étudiants. Dans une perspective résolument critique et transdisciplinaire, Michèle Riot-Sarcey s'est attachée à déconstruire la continuité du temps historique pour faire ressurgir les traces d'un passé occulté. Ce volume est structuré en quatre axes, qui correspondent aux centres d'intérêt essentiels de ses ouvrages et de son parcours d'intellectuelle militante : Genre, Utopies et discontinuités, Révolution, république et démocratie et Se situer dans son propre présent.

 

Parmi les ouvrages majeurs de Michèle Riot-Sarcey: Dictionnaire des utopies, avec Thomas Bouchet et Antoine Picon, Larousse ; 1848 La révolution oubliée, avec Maurizio Gribaudi, La Découverte ; De la différence des sexes. Le genre en histoire, Larousse.

Abstract

Extrait(s)

Avant-propos

Ce volume réunit des textes de collègues et d’anciens étudiants de Michèle Riot-Sarcey, en hommage amical et scientifique à ses travaux. Il représente incontestablement un témoignage de la richesse et de la diversité du cheminement intellectuel de Michèle Riot-Sarcey durant toute sa carrière. Chercheurs en histoire, en philosophie, en littérature… les contributeurs ont tous en commun d’avoir souhaité apporter un éclairage inédit sur un ou plusieurs aspects de son travail, comme autant d’échos à ses réflexions, ses interrogations, ses thèmes de prédilection ou même à son parcours professionnel, indissociable de ses engagements personnels. Engagée, Michèle Riot-Sarcey l’est indubitablement, dans son temps, dans sa recherche, mais aussi dans son enseignement. Quel étudiant ne se souvient pas de ses corrections, détaillées, exigeantes, parfois arides, toujours constructives ? La passion qui l’animait – et qui l’anime toujours – lors de ses séminaires, notamment celui dit « de l’Arsenal », est contagieuse et a durablement marqué les jeunes chercheurs qui y ont aiguisé leur esprit critique et développé leur pensée historique par-delà les frontières de la discipline. La « rencontre » avec Michèle Riot-Sarcey n’est jamais anodine, c’est une expérience de vie, qui laisse des « traces », qui au départ n’est pas forcément aisée. Une difficulté, ressentie par certains, pour établir le premier contact avec sa pensée complexe, souvent elliptique, pour comprendre vers où elle se déploie. Mais l’effort pour surmonter l’obstacle vaut la peine d’être consenti.

« L’image vraie du passé passe en un éclair1 », écrit Walter Benjamin. C’est cet « éclair » du passé que Michèle Riot-Sarcey tente de percevoir en explorant inlassablement les archives du xixe siècle à la recherche des voix dissonantes, des expériences singulières et des traces d’utopies oubliées, effacées. Car l’enjeu est bien d’offrir un autre regard sur le xixe siècle. Présenté généralement comme le siècle du progrès, de la révolution industrielle et de l’avè­nement de la démocratie, il devient sous la plume de Michèle Riot-Sarcey un temps éclaté où s’élaborent les sens multiples et conflictuels des concepts de notre « modernité » : Souveraineté, Liberté, République… Attachés à comprendre l’historicité de ces concepts, ses travaux s’emploient à déceler les espoirs enfouis sous les décombres du progrès.

Ce projet suppose de renoncer à une histoire progressiste et linéaire qui, à trop vouloir créer une continuité et une unité aux processus politiques, finit par reproduire les discours des vainqueurs de l’instant et empêche de penser les autres voies possibles ouvertes par l’événement. Dans 1848. La révolution oubliée2, Michèle Riot-Sarcey et Maurizio Gribaudi ont ainsi souligné à quel point la « République démocratique et sociale » défendue au lendemain de la révolution par les associations ouvrières – qui revendiquent le droit d’exercer leur souveraineté à l’atelier comme dans la rue – est différente du régime républicain tel qu’il s’est durablement imposé. Or, pour Michèle Riot-Sarcey, ce sont bien ces significations oubliées et refoulées qui sont nécessaires aujourd’hui pour comprendre les impasses de notre démocratie et imaginer des voies alternatives.

Cette histoire au plus près de l’événement implique de s’intéresser, non plus seulement aux acteurs censés être « représentatifs » de leurs contemporains, mais aussi aux individus en décalage avec leur temps. Étudiant les utopistes du premier xixe siècle (saint-simoniens, fouriéristes, etc.)3 ou encore les femmes révolutionnaires de 18484, Michèle Riot-Sarcey a en effet bien montré combien ces points de vue à contre-courant pouvaient être révélateurs des impensés d’une époque et des rapports de pouvoir, parfois invisibles, qui la fondent. Ses travaux pionniers sur l’histoire du genre se sont attachés à comprendre ces rapports de pouvoir qui construisent et façonnent les identités sexuées. Nourris par les écrits de Michel Foucault, ils ont interrogé la construction du sujet qui « est à chaque instant fondé et refondé par l’histoire5 ». Si Michèle Riot-Sarcey a insisté sur les multiples assujettissements qui ont empêché les femmes de devenir de véritables sujets de l’histoire, l’historienne a aussi mis au jour leurs pratiques de résistance. Celles notamment de militantes qui, à l’image de Jeanne Deroin ou Pauline Roland, ont subverti les normes contraignantes de l’identité féminine pour mieux dénoncer l’oppression sous toutes ses formes. Mais ces résistances, expériences concrètes de la contestation, ne se livrent à l’historienne que par traces fugitives, « étincelles » d’autant plus précieuses qu’elles seules permettent d’appréhender le réel de l’utopie.

Ce livre propose, non seulement une lecture singulière du xixsiècle, mais aussi une réflexion sur l’écriture de l’histoire conçue dans une relation nécessaire aux enjeux du présent. Genre et féminisme ouvrent ces études. Jean-Claude Caron s’intéresse au parcours de Lise Daniels (1790-1868), épouse du général Foy. Cette notable libérale, tout en respectant les normes de féminité du xixe siècle, joue un rôle politique au service de l’ascension sociale de son époux, puis de ses fils. La contribution de Louis Hincker apporte des jalons pour écrire l’histoire de l’amour en 1848 en croisant une analyse de l’érotique flaubertienne avec l’étude des débats sur le divorce et des pratiques sexuelles, conjugales et amoureuses dans les milieux populaires. Christine Planté, proposant une réflexion sur les liens entre écriture de l’histoire et fiction littéraire, montre comment Virginia Woolf, à travers son récit imaginaire de la vie de Judith Shakespeare, ouvre des voies pour penser une histoire des outsiders. Éric Aunoble étudie l’itinéraire de femmes communistes dans la guerre civile en Ukraine. Leur engagement éclaire la complexité des processus révolutionnaires et les rapports de pouvoir entre les sexes qui les traversent. Enfin, Nicole Edelman évoque sa rencontre et son amitié avec Michèle Riot-Sarcey qui débute par un intérêt commun pour l’histoire du genre, domaine de recherche alors pionnier en France. Leurs discussions se poursuivent grâce aux séminaires de l’Arsenal sur l’utopie, la littérature et l’histoire…

La seconde partie de l’ouvrage est précisément consacrée à la question des utopies et des discontinuités en histoire, concept que Michèle Riot-Sarcey a forgé à partir de ses lectures de Walter Benjamin. La pensée de l’auteur des thèses « sur le concept d’histoire » est donc logiquement l’objet de la première contribution. Irving Wohlfarth analyse la réflexion benjaminienne sur l’inachèvement de l’histoire et la nécessité de la maintenir ouverte sur notre présent. Florence Encrevé montre comment la pratique de la langue des signes, du xviiie au xxe siècle, a pu devenir un acte de résistance des sourds et constituer une utopie à contre-courant de la marche du progrès. Florent Perrier et René Schérer nouent un dialogue sur l’enfance conçue comme le réel de l’utopie fouriériste. Pour clore cette thématique, Maurizio Gribaudi offre une lecture de la pensée de Pierre Leroux à travers l’analyse de La Grève de Samarez, son « poème philosophique » entamé en exil à Jersey et qui interroge le sens de la République de 1848. Par bien des aspects, la philosophie utopiste de Leroux préfigure celle de Benjamin.

La troisième partie de ce volume interroge les concepts de révolution, de république et de démocratie, ainsi que les rhétoriques qui y sont attachées. En ouverture de cette réflexion, Igor Mineo revient sur l’historicité du « bien commun » et sur la relativité sémantique de cette locution selon les époques. À partir du cas des villes communales du centre-nord italien des xiiie et xive siècles, il présente les liens entre « charité », « bien commun » et république. Jacques Rougerie propose de réfléchir autour des termes de république, d’association, de commune et de Commune, en quête des possibles qu’ils recouvrent pour les insurgés de 1848 et de 1871. Pour sa part, Gilles Candar étudie en détail les manifestations françaises d’octobre 1909 en réaction à l’exécution de Francisco Ferrer en Espagne, en mettant notamment en lumière les mécanismes de la construction du discours socialiste, alors à la fois dans l’opposition et dans la République. De son côté, Danielle Tartakowsky analyse les formes actuelles de la contestation collective dans le monde à travers la déconstruction de la définition réductrice et individualiste qu’en fournit le magazine Time en 2011. Enfin, guidée par leur complicité intellectuelle et leur travail commun sur la république, Claudia Moatti nous invite à parcourir les différentes étapes de l’élaboration de la pensée critique de Michèle Riot-Sarcey autour des grands concepts qui les jalonnent.

La dernière partie de ce livre porte sur l’engagement dans son propre temps. Nicolas Offenstadt retrace la genèse et les premières années du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH), fondé en 2005 par Michèle Riot-Sarcey, Gérard Noiriel et lui-même. À partir d’un autre angle de vue, Christophe Charle analyse les raisons de la fracture qui s’est creusée depuis 1968 entre les élites politiques chargées de réformer l’enseignement supérieur et les universitaires, notamment militants. Étudiant en philosophie ayant suivi les enseignements de Michèle Riot-Sarcey, Timothée Nay livre ce qui pour lui a été le plus marquant au cours de cette expérience où l’apprenant n’est pas forcément celui qu’on croit. En clôture de ce volume, l’entretien avec Michèle Riot-Sarcey, mené par Laurent Colantonio, revient sur de nombreux aspects – passés, présents et à venir – de son travail et de sa vie.

La réalisation de ce livre est le fruit d’un travail éditorial collectif mené par Éric Aunoble, Estelle Berthereau, Laurent Colantonio, Florence Encrevé, Caroline Fayolle et Alice Primi.

1. Walter Benjamin, « Sur le concept d’histoire », dans Œuvres, Paris, Gallimard, 2000, vol. III, p. 430.

2. Maurizio Gribaudi et Michèle Riot-Sarcey, 1848. La révolution oubliée, Paris, La Découverte, 2008.

3. Michèle Riot-Sarcey, Le Réel de l’utopie. Essai sur le politique au xixe siècle, Paris, Albin Michel, 1998.

4. Id., La Démocratie à l’épreuve des femmes. Trois figures critiques du pouvoir, 1830-1848, Paris, Albin Michel, 1994.

5. Michel Foucault, Dits et écrits, 1954-1988, Paris, Gallimard, 1994, vol. II, p. 540.

Temps & Espaces

Présentation

Refusant de séparer les domaines de l'historien, du sociologue et du géographe, cette collection entend confronter leurs approches sur des questions spécifiques dans des lieux et en des temps très différents : de la Mésopotamie au Valenciennois, par la gestion patrimoniale de la famille ou dans les pas d'une archéologie africaine, on interroge ainsi les sociabilités qui se sont frayé une voie longue à travers des formes complexes de détermination.

« Territoires et temporalités »

Sous la direction de Jean-Pierre Duteil