Presses Universitaires de Vincennes


Extrême-Orient, Extrême-Occident

Guerre en perspective (La): Histoire et culture militaire en Chine
  • Auteur : Collectif
  • Revue : Extrême-Orient, Extrême-Occident n° 38
  • Paru en : Janvier 2015
  • EAN : 9782842924140
  • ISBN : 978-2-84292-414-0
  • 246 pages, 155x220mm
  • Illustrations : Non
  • Édition : Première édition
  • Plus d'informations
    • Support : PDF sans DRM
    • Protection : Marquage (water mark)
    • ISBN : 978-2-84292-500-0
    • EAN : 9782842925000
    • Taille : 3 Mo
    • Illustrations : Non

Guerre en perspective (La): Histoire et culture militaire en Chine

N°38/2014

Les armées de l’empire chinois se sont illustrées par leur inefficacité, leurs effectifs pléthoriques et leur défaite quasi constante face aux offensives de l’étranger.

Les publications sur la culture militaire en Chine se concentrent le plus souvent, pour des raisons commerciales, sur l’Art de la guerre, dont on vante les applications possibles au monde des affaires, les Chinois ayant supposément développé une conception redoutable de l’efficacité.
En réalité, l’histoire militaire chinoise démontre tout le contraire de ces brillants discours sur l’efficacité et l’économie de moyens. 

Ce numéro d’Extrême-Orient Extrême-Occident rompt avec cette façon idéologique de faire la « guerre sur papier » pour envisager les transformations réelles du conflit armé à travers l’histoire impériale chinoise. Cette perspective historienne sur la guerre débouche en toute logique sur une enquête, dans la seconde partie de ce volume,  consacrée à l’historiographie en temps de guerre : comment l’expérience de la guerre, au niveau individuel ou collectif, a-t-elle été comprise et transmise par les historiens impliqués corps et biens dans la tourmente qu’ils s’étaient donné pour mission de narrer ?

Coordinateur(s) du numéro :
Albert Galvany |

Romain Graziani |
Auteur(s) :
Makram Abbes |
Oleg Benesch |
David Graff |
Béatrice Heuser |
Jean Levi |
Peter Lorge |
Damien Morier-Genoud |
Patrick Porter

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Armée | Art de la guerre | Asie | Chine | Culture militaire | Dix-neuvième siècle | Empire chinois | Guerre | Guerre juste | Histoire | Histoire militaire | Historiographie | Identité | Idéologie | Stratégie | Vingtième siècle

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Sommaire

Introduction: Polémiques polémologiques
Romain Graziani & Albert Galvany

 

1. La guerre assiégée: la place de l'histoire militaire

“Discovering War in Chinese History”
Peter Lorge

“Brain Over Brawn: Shared Beliefs and Presumptions in Chinese and Western Strategemata
David Graff

2. Stratégie et idéologie: les fondements militaires de la culture classique

« Le stratège comme maître des signes : art de la guerre et art sémiotique en Chine ancienne »
Albert Galvany

« Morale de la stratégie, stratégie de la morale: le débat chinois sur la guerre juste »
Jean Levi

3. Dans les tranchées de la modernité: guerre, histoire et identité

“The Samurai Next Door: Chinese Examinations of the Japanese Martial Spirit”
Oleg Benesch

« Écrire l'histoire vis-à-vis de la guerre: postures historiennes, conceptions et récits de l'histoire
sous la République de Chine (1912-1949) »
Damien Morier-Genoud

4. Regards extérieurs

Béatrice Heuser & Patrick Porter

Makram Abbes

Résumé

Damien Morier-Genoud
« Écrire l’histoire vis-à-vis de la guerre : postures historiennes, conceptions et récits
de l’histoire sous la République de Chine »

Dans sa visée générale, cet article se propose d’explorer le travail d’écriture de l’histoire en temps de guerre, ou plutôt la posture que les historiens adoptent vis-à-vis de la guerre, à la fois celle qu’ils étudient a posteriori et celle qu’ils vivent dans le moment du présent. En jetant l’éclairage sur le parcours et l’œuvre de certains historiens de l’ère républicaine en Chine (1912-1949), un moment de l’histoire chinoise dont le conflit sino-japonais (1937-1945) nous rappelle combien il fut violent, nous tentons d’examiner la manière dont la guerre infléchit la pratique historienne et les possibles mises en récit de l’expérience humaine qui lui sont sous-jacentes. Dans un regard inverse, il s’agit ici aussi de voir comment, dans le déploiement de la guerre, l’histoire peut, à sa manière, être enrôlée comme instrument de mobilisation sociale, comme récit de positionnement individuel et collectif, ou encore comme outil de légitimation de l’action politique dans le présent.

 

Peter Lorge (Vanderbilt University)
Discovering War in Chinese History

La perspective actuelle sur la Chine donne presque l’illusion que la guerre n’a joué aucun rôle significatif dans l’histoire chinoise. Cet article s’emploie à redonner à la guerre sa juste place dans l’histoire chinoise en replaçant les études consacrées à l’histoire militaire chinoise dans le contexte des débats actuels sur l’histoire chinoise d’une part, sur l’histoire militaire de l’autre. La faiblesse de la Chine d’un point de vue politique, économique, technique et militaire aux XIXe et XXe siècles a été comme rétro-projetée sur toutes les périodes antérieures de l’histoire chinoise et son retard sur ces deux derniers aspects en particulier a été compris par les historiens comme un aspect constitutif de sa culture. Si le savant Joseph Needham a réalisé un travail pionnier dès le milieu du siècle dernier en explorant le riche passé scientifique et technique de la civilisation chinoise, l’histoire militaire de la Chine en revanche n’a quant à elle mobilisé l’attention des chercheur que plus tardivement, à partir des années 90.

 

David A. Graff (Kansas State University)
Brain over Brawn: Shared Beliefs and Presumptions in Chinese and Western Strategemata

Selon une idée répandue la « Voie de la guerre » en occident aurait quelque chose d’unique et d’exclusif, qui la distinguerait fondamentalement des théories et pratiques militaires de la Chine ou d’autres sociétés non occidentales. A cette opinion, prépondérante  parmi les membres de l’élite militaire aux Etats-Unis, semblent répondre en écho les déclarations de nombreux intellectuels chinois qui affirment haut et fort la supériorité et le caractère absolument unique de leur tradition militaire et stratégique. Un examen rigoureux des arguments avancés ne manque toutefois pas de révéler le caractère très exagéré de ces déclarations sur le clivage radical qui opposerait les traditions occidentale et orientale.  Le présent article se concentre sur un aspect particulier de cette problématique en procédant à une comparaison entre la tradition des stratagèmes, tels qu’ils sont répertoriés et discutés pour l’essentiel dans les œuvres de Frontin, Onasandre et Polyen (1er et 2nd siècles de notre ère), en prenant pour vis-à-vis dans la tradition chinoise les anciens traités militaires, les premières histoires dynastiques et d’importantes œuvres encyclopédiques telles que le Tongdian de Du You. De cette comparaison critique on peut déduire que l’efficacité des stratagèmes n’est en aucune façon universelle, mais est au contraire fonction de structures institutionnelles et sociales qui elles-mêmes n’ont rien de permanent. En fin de compte il appert que la distinction primordiale à opérer entre les différents conceptions militaires tient moins à la spécificité des cultures qu’à la différence des époques envisagées.

 

Jean Levi
Morale de la stratégie, stratégie de la morale, le débat chinois sur la guerre juste

Pour beaucoup de peuples la guerre est avant tout une fête, cruelle certes, mais fête tout de même. En Chine même, à l’époque des Shang et sous les Zhou occidentaux, la guerre constituait, avec la chasse, la principale activité de l’élite de la société. Pourtant, tous les traités militaires de l’époque ultérieure ont à cœur de stigmatiser la guerre : il faut écouter le concert de lamentations des généraux et stratèges sur le caractère néfaste de leur activité. Le caractère jugé néfaste de la guerre est l’expression, sur le plan de la pensée, de la mutation de la nature de la guerre et du statut du guerrier. Il témoigne du passage d’une société guerrière, ayant développé une mentalité héroïque, à un ordre militarisé véhiculant des valeurs civiles, lesquelles ne pouvaient coexister avec lui qu’en en travestissant sa véritable nature par le discours, alors même que toutes les institutions étaient conçues pour soutenir l’effort de guerre.

Si la guerre traduit une défaillance de la vertu civilisatrice du chef, elle s’avère aussi être l’unique moyen d’assurer le retour à l’ordre et de garantir la justice. C’est ainsi que l’on voit s’esquisser dans les écrits politico-militaires une légitimation de la guerre juste (yi bing), qui, précisons, se doit de l’être doublement, dans ses buts comme dans ses moyens. Cette notion de guerre juste devient elle-même polémique quand les penseurs en précisent les modalités et les moyens. A compter qu’il existe une guerre juste et des objectifs justifiant le recours aux armes, on peut se demander si les moyens que celle-ci doit mettre en œuvre pour emporter la victoire, dans une certaine pratique stratégique élaborée à partir de l’expérience historique des Ve-IIIe siècles av. J.-C. n’en sapent pas d’entrée de jeu la légitimité.

Abstract

Damien Morier-Genoud
Historical Writing in Times of War: Historians, Conceptions and Narratives of History in Republican China

The aim of this article is to explore the writing of history in times of war; or rather, the positions adopted by historians concerning war, be it studied after the events or experienced at the time of writing. By shedding light on the background and the work of some Chinese historians of the republican era (1912-1949), a period of particular violence in China, as the Sino-Japanese conflict (1937-1945) reminds us, we examine in this paper the different ways in which war affects historical research, and the narratives of human experience that may possibly underlie it. Conversely, we also try to observe how, as war spreads, history itself may be “enlisted” by historians as an instrument for social mobilization, a narrative for individual and collective self-positioning, and a tool to legitimize political action in the present.

 

Peter Lorge (Vanderbilt University)
Discovering War in Chinese History

From the modern perspective, both in the West and China, it often appears as if war had no place in Chinese history. This paper will attempt to reinsert war into China’s history by situating the study of Chinese military history within current debates in the broader forum of military history and Chinese history. China’s political, economic, technological and military weakness in the 19th and 20th centuries was projected back onto the entire sweep of Chinese history and rendered in the military and technological spheres into fundamental aspects of Chinese culture. Joseph Needham began to excavate China’s scientific and technological history in the middle of the 20th century, but China’s military history only received the same serious attention starting in the 1990s.

 

David A. Graff (Kansas State University)
Brain over Brawn: Shared Beliefs and Presumptions in Chinese and Western Strategemata

The claim has often been made that there is a unique and distinctive “Western Way of War” that differs in very fundamental ways from the military thought and practice of China and other non-Western societies. This view, especially prevalent in the U.S. military establishment today, is mirrored by the claims of Chinese military intellectuals regarding the uniqueness (and superiority) of their own country’s ancient tradition of strategic thought. Careful examination of the evidence, however, suggests that the notion of a radical disjuncture between East and West is overblown. This paper concentrates on a single aspect of this much larger problem by comparing the West’s classical tradition of strategemata, found mainly in the works of Frontinus, Onasander, and Polyaenus dating from the first and second centuries CE, with the corresponding Chinese tradition found in the ancient military treatises, the early dynastic histories, and important encyclopedic works such as Du You’s Tongdian. The paper will conclude that the efficacy of particular stratagems is by no means universal but rather is deeply rooted in social and institutional structures that are themselves impermanent. In the final analysis, the key distinction is between different times and not different cultures.

 

Oleg Benesch (University of York)
The Samurai Next Door: The Influence of Bushido/Wushidao on Chinese Views of Japan in War and Peace

The characterization of Japan as a martial country, as opposed to a China that emphasizes civil virtues, has colored views of the two societies for centuries. This was reinforced by apparent differences in their traditional governments, with Japan ruled by warriors while China was marked by a scholarly examination system. The underlying conception of a martial Japan was carried into the modern age, where it flowed into the emerging discourse on bushido, or “the way of the warrior,” which began to be popularized around the time of the Sino-Japanese War of 1894-95. Rather than a continuation of an ancient tradition or a manifestation of a “national character,” however, bushido is largely a modern invention, interpretations of which have tended to primarily reflect the conditions under which they were formulated. The samurai spirit has at times been credited for Japan’s economic success and technological progress, but also associated with militaristic imperialism.

In China, bushido, or wushidao, has played an important role in shaping views of Japan from the late nineteenth century onward, as the period of bushido’s greatest growth and popularization coincided with an unprecedented influx of Chinese students, reformers, and exiles to Japan. Chinese intellectuals credited bushido with driving the Meiji Restoration and subsequent reforms, while students at Japanese civilian and military schools were exposed to the pervasive bushido ideology. As relations between Japan and China worsened, attitudes towards wushidao became increasingly negative, although there remained a significant diversity among interpretations. Discourse on the subject declined in both Japan and China after 1945, but was revived in Japan in different forms relatively soon after the war. In China, interest in wushidao began to grow in the 1980s, and recent diplomatic tensions contributed to a tremendous increase in Chinese studies of the subject over the last two decades. Wushidao is often put forth as a possible explanation for supposedly “traditional” Japanese militarism, and is one of the most common themes in Chinese cultural and historical studies of Japan. By placing its examination of Chinese views into the broader historical context of bushido discourses in Japan and other countries, this study considers their influence and implications for reconciliation and inter-cultural relations.

Extrême-Orient, Extrême-Occident
Cahiers de recherches comparatives

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Présentation

Extrême-Orient Extrême-Occident paraît une fois par an.
Revue bilingue : langue de rédaction des articles ; français et anglais

La revue consacre chaque numéro à un thème ou une question (la divination, le divertissement, le politique, l’art des jardins, l’existence d’une philosophie chinoise, etc.) intéressant l’ensemble des productions culturelles du monde sinisé (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam). Les différentes contributions élaborent par convergence des éléments de réponse à partir des horizons et des savoirs les plus divers. L’ensemble est traditionnellement offert, pour clore le volume, à la réflexion d’un « regard extérieur » qui les met en perspective avec des travaux menés sur des questions similaires dans les civilisations d’« Extrême-Occident ».


Annual magazine : 1 number a year
Bilingual magazine: french and english

Each issue of Extrême-Orient Extrême-Occident is devoted to a single theme or a central question dealing with Chinese civilisation and its cultural sphere of influence (China, Korea, Japan, Vietnam). Recent issues focused on divination, garden culture, politics, entertainment and the existence of a Chinese philosophy. Contributors examine a common topic from a wide variety of angles and disciplinary approaches. Each volume concludes with an « exterior viewpoint » which offers a comparative comment on the subjects explored through the lens of Western traditions.

Revue fondée par François Jullien (1982)

Rédacteurs en chef : Matthias Hayek et Pierre-Emmanuel Roux (Université Paris Diderot, Paris 7)

Comité de pilotage : Caroline Bodolec (CNRS-École des Hautes Études en Sciences Sociales), Pierre Marsone (École Pratique des Hautes Études), Romain Graziani (École normale supérieure de Lyon et Institut universitaire de France), Annick Horiuchi (Université Paris Diderot, Paris 7).