Presses Universitaires de Vincennes


Extrême-Orient, Extrême-Occident

Penser les épidémies depuis la Chine, le Japon et la Corée
  • Auteur : Collectif
  • Revue : Extrême-Orient, Extrême-Occident n° 37
  • Paru en : Septembre 2014
  • EAN : 9782842924119
  • ISBN : 978-2-84292-411-9
  • 258 pages, 155x220mm
  • Illustrations : Non
  • Édition : Première édition
  • Plus d'informations
    • Support : PDF sans DRM
    • Protection : Marquage (water mark)
    • ISBN : 978-2-84292-494-2
    • EAN : 9782842924942
    • Taille : 3 Mo
    • Illustrations : Non

Penser les épidémies depuis la Chine, le Japon et la Corée

N°37/2014

L’épidémie véhicule bien plus que l’idée d’une surmorbidité ou d’une surmortalité ; quelle que soit la période considérée, elle est une menace pour l’ordre politique, social, économique.

En étudiant les pratiques politiques, religieuses, économiques que les épidémies suscitent en Asie orientale – Chine, Japon, Corée –  dans les périodes pré-moderne et moderne, en scrutant les discours  qui les évoquent, tenus dans  les milieux médicaux, administratifs ou religieux,  ce volume apporte un éclairage sur les manières dont le phénomène épidémique est identifié, compris et combattu dans ce qui est aujourd’hui considéré comme un des principaux foyers d’épidémies.

Coordinateur(s) du numéro :
Florence Bretelle-Establet |

Frederic Keck |
Auteur(s) :
Patrice Bourdelais |
Shin Dongwon |
William Johnston |
Fan Ka Wai |
Michael Liu Shiyung |
Christos Lynteris |
Anne-Marie Moulin |
Vincent Rollet

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Asie orientale | Chine | Choléra | Corée | Dix-huitième siècle | Dix-neuvième siècle | Économie | Épidémie | Gestion | H5N1 | Japon | Maladies infectieuses | Matignon (Jean-Jacques) | Médecine | Méningite | Morbidité | Mortalité | Occident | Orient | Politique | Religion | Révolution culturelle | SARS | Vingtième siècle

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Sommaire

Introduction : « Les épidémies, entre ‘Occident’ et ‘Orient’ »
Frédéric Keck et Florence Bretelle-Establet.

I.Imaginaires des foyers

« Les épidémies en Chine à la croisée des savoirs et des imaginaires : le Grand Sud aux XVIIIe et XIXe siècles »
Florence Bretelle-Establet

“Jean-Jacques Matignon’s Legacy on Russian Plague Research in North-East China and Inner Asia (1898-1910)”
Christos Lynteris

II.Epreuves de souveraineté

“Measures against the Measles during Late 18th Century Korea: Reformation or Restoration?"
Shin Dongwon

“Epidemic control and wars in Republican China (1935-1955)”
Michael Shiyung Liu

“Framing SARS and H5N1 as an Issue of National Security in Taiwan: Process, motivations and consequences”
Vincent Rollet

III.Incertitudes du collectif

“The Shifting Epistemological Foundations of Cholera Control in Japan, 1822 to 1900”
William Johnston

“Epidemic Cerebrospinal Meningitis during the Cultural Revolution”
Fan Ka wai

Regards extérieurs:

« Quand la terre s’arrondit. L’horizon convergent des épidémies d’Orient et d’Occident »
Anne-Marie Moulin

« Le retour des dispositifs de protection anciens dans la gestion politique des épidémies »
Patrice Bourdelais

Résumé

Florence Bretelle-Establet
« Les épidémies en Chine à la croisée des savoirs et des imaginaires : le Grand Sud aux XVIIIe et XIXe siècles »

Cet article esquisse la carte des savoirs et des pratiques qui sous-tendent la notion d’épidémie en Chine, à la veille de la mise en place d’institutions chargées de les surveiller, les contrôler et les combattre, sur la base des connaissances médicales, acquises au sein du laboratoire. Il prend comme cadre d’investigation l’extrême sud de la Chine qui devint, à partir du XVIIIe siècle, le siège d’épidémies récurrentes rapportées par les observateurs chinois puis par les observateurs étrangers. En étudiant les initiatives individuelles ou politiquement orchestrées, en scrutant la littérature médicale contemporaine de cette vague épidémique et produite dans cet espace particulier, nous mettrons en lumière les manières dont les épidémies sont alors comprises et combattues.

 

Christos Lynteris
“Jean-Jacques Matignon’s Legacy on Russian Plague Research in North-East China and Inner Asia (1898-1910)”

Cet article analyse les retombées de l’Expédition de la Vallée de Selenga menée par le médecin français Jean-Jacques Matignon en 1896 sur les recherches russes autour de la peste bubonique dans la décennie précédant la grande peste de Mandchourie de 1910-1911. En nous attachant tout particulièrement à l’expédition de Danilo Kirilovich Zabolotny à Weichang (1898) et à celle d’Ivan Stepanovich Dudchenko-Kolbashenko en Mongolie et en Transbaikalia (1907-1908), nous examinerons comment l’hypothèse exposée par Matignon selon laquelle la peste n’était pas endémique dans la région mais importée depuis le sud de la Chine par le biais des « coolies » s’est trouvée imbriquée dans l’hypothèse russe d’une origine zoonotique de la peste, centrée sur les marmottes sibériennes (tarbagan), vectrices endémique de la maladie dans l’Asie mineure. Cet article explore comment l’éthnographie  médicale russe réussit à forger une hybridation entre ces deux hypothèses,  mettant le Lamaïsme au cœur du modèle transrégional de la peste bubonique. Hybridation basée sur l’hypothèse erronée que les marmottes se nourrissent des cadavres des pèlerins et des commerçants exposés à l’air libre, qui propose que ce sont les humains qui infectent les marmottent et non l’inverse.

 

Shin Dongwon
“Measures against the Measles during Late 18th Century Korea: Reformation or Restoration?"

Au cours du règne du roi Jeongjo (1777-1800), de nombreux changements surviennent au sein du gouvernement Joseon en rapport avec les épidémies, non seulement du point de vue des traitements médicaux qui sont dispensés mais aussi du point de vue des rituels religieux. Quand « une épidémie rouge » apparut en 1786, le roi Jeongjo donna l’ordre aux autorités médicales de mettre en place des lois médicales très strictes, proches de mesures modernes telles que le recensement des malades, les visites médicales, l’approvisionnement en médicaments, la collecte de prescriptions efficaces et la diffusion des connaissances. En même temps, le roi donna l’ordre au Ministère des Rites de restaurer les rituels religieux contre les épidémiques qui n’avaient plus été pratiqués depuis longtemps. Ces actions sont-elles à interpréter comme une innovation des réponses médicale et rituelles face aux épidémies, ou la restauration de la vieille philosophe du « bon gouvernement » confucéen ?

 

Michael Shiyung Liu
“Epidemic control and wars in Republican China (1935-1955)”

Après la seconde guerre mondiale, Taiwan remet sur pieds les infrastructures de santé publique fortement endommagées pendant la guerre, grâce aux aides américaines et celles de l’Organisation Mondiale de Santé. La reconstruction de la santé publique de Taiwan dans les années cinquante bénéficie de l’expérience acquise pendant la guerre sino-japonaise dans le domaine de la médecine militaire et de la prévention contre les épidémies. Cet article établit le lien entre la reconstruction de la santé publique dans le Taiwan des années cinquante et les travaux de santé publique menés antérieurement par le gouvernement nationaliste en période de guerre en même temps qu’il révèle l’importance de l’influence politique de la Guerre Froide en Asie orientale.

 

Vincent Rollet
“Framing SARS and H5N1 as an Issue of National Security in Taiwan: Process, motivations and consequences”

Considérer les épidémies comme un enjeu de sécurité est devenu une approche utilisée par un certain nombre de pays et d’institutions internationales afin de traiter des questions de santé publique et de leur apporter une réponse ciblée. Ce fut notamment le cas du Sras et du H5N1 à Taiwan qui furent tous deux déclarées questions de « sécurité nationale » en 2003 et en 2005. Après une présentation d’une part de la dynamique mondiale qui tend à octroyer à un certain nombre de maladies infectieuses le statut d’enjeux de sécurité, puis du débat académique sur ces processus, cet article se propose d’examiner le cas de Taiwan en s’intéressant plus particulièrement aux initiateurs d’une telle dynamique, aux discours de ces derniers sur les épidémies ainsi qu’à la matérialisation concrète d’une telle approche. Il se penche ensuite sur les facteurs qui ont pu faciliter la sécurisation du Sras et du H5N1 dans ce pays afin de mettre en évidence les raisons du succès d’un tel phénomène, pour enfin mentionner certaines de ses principales conséquences.

 

William Johnston
“The Shifting Epistemological Foundations of Cholera Control in Japan, 1822 to 1900”

Cet article,  qui s’appuie sur des sources japonaises du dix-neuvième siècle, explore les manières dont le choléra est alors compris au Japon. Les membres de la communauté médicale japonaise utilisent les théories médicales chinoises et européennes jusqu’à ce que les idées occidentales, à partir des années 1870, dominent le discours sur le choléra. Néanmoins le choléra, d’abord perçu comme un mal endémique dans les années 1870, est par la suite assimilé à un envahisseur étranger. Ces représentations du choléra ne reposent alors ni sur des statistiques ni sur aucune preuve scientifique mais sur l’association, culturelle et politique, du choléra à une maladie de l’immondice.

 

Fan Ka wai
“Epidemic Cerebrospinal Meningitis during the Cultural Revolution”

Cet article analyse l’épidémie de méningite cérébrospinale qui se développa dans la première phase de la Révolution Culturelle (1966-1976). S’appuyant sur des sources diverses incluant archives et chroniques locales, monographies de santé publique et manuels de médecine, cette contribution retrace l’histoire de cette épidémie et met en lumière les différents facteurs qui contribuèrent à l’expansion de la maladie depuis Pékin et les grands lieux de la révolution vers l’intérieur des campagnes.

 

Numéro publié avec le soutien de l'association Nippon Koten Kenkyukai.

Abstract

Florence Bretelle-Establet
« Les épidémies en Chine à la croisée des savoirs et des imaginaires : le Grand Sud aux XVIIIe et XIXe siècles »

This article shed light on the different ideas and practices that surround the notion of epidemic in China before the implementation of institutions devoted to  observe, contain, and fight epidemics  on the basis of laboratory medical knowledge. It takes as fieldwork the Far South, which in the last centuries of the empire became the seat of epidemics reported by Chinese, and later, Western observers. By exploring the different discourses held on epidemics in this particular place and by analyzing the practical answers brought to these crises, this article shed light on the different meanings attached to epidemics in late imperial China. 

 

Christos Lynteris
“Jean-Jacques Matignon’s Legacy on Russian Plague Research in North-East China and Inner Asia (1898-1910)”

This paper examines the legacy of the 1896 Selenga Valley Expedition led by the French doctor Jean-Jacques Matignon on Russian research on bubonic plague in the decade preceding the great Manchurian plague epidemic of 1910-1911. With particular focus on Danilo Kirilovich Zabolotny’s expedition to Weichang (1898) and Ivan Stepanovich Dudchenko-Kolbashenko’s expedition to Mongolia and Transbaikalia (1907-1908), the paper will examine how Matignon’s hypothesis that plague was not endemic in the region but rather imported from South China on the back of so-called ‘coolies’ was subsequently entwined with the Russian hypothesis of a zoonotic origin of plague, focused on Siberian marmots (tarbagan) as the endemic vector of the disease in Inner Asia. The paper will explore the role of Russian medical ethnography in forging a paradoxical hybrid between the two hypotheses, with Lamaism assuming a prominent role in forging a transregional model of bubonic plague. This was based on the mistaken assumption that marmots feed on sky-burial corpses of infected pilgrims and traders, hence proposing that it was humans who infected marmots with the disease, rather than the other way around.

 

Shin Dongwon
“Measures against the Measles during Late 18th Century Korea: Reformation or Restoration?"

During King Jeongjo’s reign (1777-1800) there were great changes in the responses of the Joseon government toward epidemics, not only regarding medical treatments but also in religious rituals. When measles broke out in 1786, King Jeonjo ordered medical authorities to implement unprecedentedly strict medical regulations, which were similar to modern measures such as checking enrollment of patients, doctors’ visits, drug provision, collecting useful prescriptions from the community, and diffusion of such medicine. At the same time, the king ordered the Ministry of Rites to fully restore the religious rituals against epidemics, which had not been maintained for a fairly long time. These events raise the following question: can these actions be interpreted as the reformation of medical treatments and rituals toward epidemics, or the restoration of the old ‘good governing’ philosophy of Confucianism ?

 

Michael Shiyung Liu
“Epidemic control and wars in Republican China (1935-1955)”

Post-WWII Taiwan fast recovered its public health infrastructure from war damage due to aids from US and World Health Organization. Beside a long history between the Nationalist government and American aids since the 1930s, the reconstruction of public health in 1950s Taiwan shared experience of military medical works and epidemic prevention during the Sino-Japanese War. The article aims to survey the linkage between the reconstruction of public health in 1950s Taiwan and previous sanitary works of Nationalist government in wartime period while reveals the important influence by the politics of Cold War in East Asia.

 

Vincent Rollet
“Framing SARS and H5N1 as an Issue of National Security in Taiwan: Process, motivations and consequences”

Securitizing epidemics has been an approach used by a number of countries and international organizations to frame these health issues and to develop a targeted response to them. This was notably the case in Taiwan for the 2003 SARS and 2005 H5N1 outbreaks, which were both considered as “issues of national security”. After a general overview of the global trends of securitizing infectious diseases and a presentation of the academic debate about these processes, we propose to examine the case of Taiwan by focusing on the main initiators of such phenomena, on their discourses around epidemics as well as on the concrete materialization of such framing. Then, we underline the factors which might have facilitated the securitization of SARS and H5N1 in Taiwan in order to reveal what might explain these successes, and we mention some of its main consequences.

 

William Johnston
“The Shifting Epistemological Foundations of Cholera Control in Japan, 1822 to 1900”

By focusing on primary sources from nineteenth century Japan, this essay examines how the Japanese understood cholera at that time. Members of the Japanese medical community utilized both Chinese-based theories and European medical texts until the 1870s, when Western ideas dominated the discourse concerning cholera. However the dominant understandings of the disease shifted from seeing it as having become endemic during the 1870s to almost invariably being a foreign intruder by the 1890s. These understandings were based not on statistical or other scientific evidence but rather on cultural and political associations with cholera as a disease of filth.

 

Fan Ka wai
“Epidemic Cerebrospinal Meningitis during the Cultural Revolution”

This paper explores the epidemic of cerebrospinal meningitis during the early stage of China’s Cultural Revolution (1966-1976). Based on provincial archives, health gazetteers and local gazetteers in different provinces and counties, as well as on medical handbooks, this article traces the course of the epidemic, and investigates the reasons that led to this nation-wide epidemic, starting in Beijing and in the revolutionary  shrines, before expanding into the countryside.

Extrême-Orient, Extrême-Occident
Cahiers de recherches comparatives

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Présentation

Extrême-Orient Extrême-Occident paraît une fois par an.
Revue bilingue : langue de rédaction des articles ; français et anglais

La revue consacre chaque numéro à un thème ou une question (la divination, le divertissement, le politique, l’art des jardins, l’existence d’une philosophie chinoise, etc.) intéressant l’ensemble des productions culturelles du monde sinisé (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam). Les différentes contributions élaborent par convergence des éléments de réponse à partir des horizons et des savoirs les plus divers. L’ensemble est traditionnellement offert, pour clore le volume, à la réflexion d’un « regard extérieur » qui les met en perspective avec des travaux menés sur des questions similaires dans les civilisations d’« Extrême-Occident ».


Annual magazine : 1 number a year
Bilingual magazine: french and english

Each issue of Extrême-Orient Extrême-Occident is devoted to a single theme or a central question dealing with Chinese civilisation and its cultural sphere of influence (China, Korea, Japan, Vietnam). Recent issues focused on divination, garden culture, politics, entertainment and the existence of a Chinese philosophy. Contributors examine a common topic from a wide variety of angles and disciplinary approaches. Each volume concludes with an « exterior viewpoint » which offers a comparative comment on the subjects explored through the lens of Western traditions.

Revue fondée par François Jullien (1982)

Rédacteurs en chef : Matthias Hayek et Pierre-Emmanuel Roux (Université Paris Diderot, Paris 7)

Comité de pilotage : Caroline Bodolec (CNRS-École des Hautes Études en Sciences Sociales), Pierre Marsone (École Pratique des Hautes Études), Romain Graziani (École normale supérieure de Lyon et Institut universitaire de France), Annick Horiuchi (Université Paris Diderot, Paris 7).