Presses Universitaires de Vincennes


Extrême-Orient, Extrême-Occident

Mobilité humaine et circulation des savoirs techniques (XVII-XIXe siècles)
  • Auteur : Collectif
  • Revue : Extrême-Orient, Extrême-Occident n° 36
  • Paru en : Juin 2014
  • EAN : 9782842924041
  • ISBN : 978-2-84292-404-1
  • 220 pages, 155x220mm
  • Illustrations : Non
  • Édition : Première édition
  • Plus d'informations
    • Support : PDF sans DRM
    • Protection : Marquage (water mark)
    • ISBN : 978-2-84292-492-8
    • EAN : 9782842924928
    • Taille : 2 Mo
    • Illustrations : Non

Mobilité humaine et circulation des savoirs techniques (XVII-XIXe siècles)

N°36/2013

Quel est le rôle de la mobilité humaine dans la dynamique des savoirs en Asie ? Un éclairage nouveau sur la circulation des savoirs au sein de l'espace impérial chinois.

Les études rassemblées ici analysent le rôle de la mobilité humaine dans la dynamique spatiale des savoirs en Asie orientale entre le xviie et le xixe siècles. Que ce soit à l’échelle de l’individu ou celle des groupes professionnels, l’étude de l’itinéraire de savants versés dans des domaines techniques, pris dans sa dimension géographique, apporte un éclairage nouveau sur la circulation des savoirs à l’intérieur de l’espace impérial chinois, à l’échelle régionale et à l’échelle mondiale.

Coordinateur(s) du numéro :
Catherine Jami |

Auteur(s) :
Christian Jacob |
Jongtae Lim |
Aleksandra Majstorac Kobiljski |
Dhruy Raina |
Mathias Vigouroux |
Huiyi Wu

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Asie | Asie orientale | Chine | Circulation | Dix-huitième siècle | Dix-neuvième siècle | Dix-septième siècle | Empire chinois | Fonction publique | Mobilité | Savants | Savoirs | Sciences | Techniques

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Sommaire

I. Itinéraires dans l’espace chinois

La carrière de Mei Wending (1633-1721) et le statut des sciences mathématiques dans le savoir lettré
Catherine Jami

Les traductions de F.-X. Dentrecolles (1664-1741), missionnaire en Chine : localisation et circulation des savoirs
Wu Huiyi 

II. Relations diplomatiques et circulation des livres

Journey of the Modest Astronomers: Korean Astronomers’ Mission to Beijing in the Seventeenth and Eighteenth Centuries
Lim Jongtae 

Commerce des livres et diplomatie : la transmission de Chine et de Corée vers le Japon des savoirs médicaux liés à la pratique de l’acuponcture et de la moxibustion (1603-1868)
Mathias Vigouroux

 

III. Industrialisation et innovation

Shimomura Kôtarô (1863-1937) and the Circulation of Technical Knowledge Between the United States, Japan, and Belgium
Aleksandra Majstorac Kobiljski

 

IV. Regards extérieurs

Revisiting the Social Theory and History of Science in Early Modern South Asia and Colonial India
Dhruv Raina

La loupe et le miroir
Christian Jacob

Résumé

Catherine Jami
La carrière de Mei Wending (1633-1721) et le statut des sciences mathématiques dans le savoir lettré

Cet article montre qu’il y eut quatre grandes étapes déterminantes dans l’itinéraire et la carrière de Mei Wending, spécialiste de sciences mathématiques, et analyse ce que ces étapes doivent à certains traits de l’État et de la société des Qing : le système des examens de recrutement, le patronage impérial des savoirs, reproduit par les hauts fonctionnaires et la mobilité géographique de ces derniers. Les liens entre certaines caractéristiques des lieux de savoir où a séjourné Mei et son œuvre— l’écriture et la circulation des ses nombreux traités sont mis en lumière afin de montrer comment il finit par être reconnu comme « un grand mathématicien et astronome » alors même que les disciplines dans lesquelles il se spécialise acquièrent le statut de savoirs lettrés.

 

Wu Huiyi
Les traductions de F.-X. Dentrecolles (1664-1741), missionnaire en Chine : localisation et circulation des savoirs

Cet article propose d’examiner les contributions savantes du jésuite français François-Xavier Dentrecolles – l’un des missionnaires les plus prolifiques et éclectiques qui aient travaillé en Chine dans la première moitié du XVIIIe siècle – en rapport avec son itinéraire géographique. Formé dans la Province jésuite de Lyon, après son arrivée en Chine il travailla pendant vingt ans dans les provinces du Fujian et du Jiangxi, puis pendant vingt ans à Pékin. Son œuvre a la caractéristique d’être essentiellement traduite des sources chinoises, et son itinéraire, celle de n’être jamais passé par la cour impériale. La mise en regard de ces deux éléments permet de réfléchir sur les conditions de production et de circulation des savoirs sur la Chine dans le contexte de la mission catholique, ainsi que les limites de cette circulation.

 

Lim Jongtae
Le voyage des astronomes modestes : la mission des astronomes coréens à Pékin aux xviie et xviiie siècles

Cet article s’intéresse aux astronomes de cour coréens qui se sont rendus à Pékin aux xviie et xviiie siècles. Conditionnés par la hiérarchie politique et épistémique entre les deux pays, les astronomes coréens allaient à Pékin pour y acquérir les secrets des calculs astronomiques détenus par le Bureau de l’astronomie des Qing. Ces voyages, riches en opportunités et en déception, devinrent un élément central dans la construction par les astronomes coréens de leur propre image. Ils se représentaient modestement comme les astronomes d’un « État marginal » qui ne pouvaient être compétents dans leur domaine sans effectuer des pèlerinages à la métropole impériale. Cette rhétorique de modestie reflète la position conflictuelle des astronomes officiels coréens, qui ne pouvaient promouvoir leurs intérêts socio-culturels qu’en niant leur capacité à être compétents par eux-mêmes dans leur domaine.

 

Mathias Vigouroux
Commerce des livres et diplomatie : la transmission de Chine et de Corée vers le Japon des savoirs médicaux liés à la pratique de l’acuponcture et de la moxibustion (1603-1868)

Les archives des entrepôts de Nagasaki et la transcription des conversations entre médecins chinois et coréens d’une part et médecins japonais d’autre part mettent en lumière les différents canaux par lesquels le savoir médical circula de la Chine et la Corée vers le Japon à l’époque d’Edo (1603-1868). Les textes plus que les hommes jouèrent un rôle important dans la transmission des savoirs liés à la pratique de l’acuponcture. Les médecins chinois ou coréens qui se rendirent au Japon ne contribuèrent pas directement à la diffusion de l’acuponcture. Peu de questions portent sur le sujet dans leurs entretiens avec les médecins japonais et leurs réponses font surtout apparaître des divergences sur la manière d’interpréter les classiques chinois ou sur l’emploi des aiguilles d’acuponcture. Plusieurs conservations révèlent néanmoins que certains savoir-faire, tels que la prise des pouls ou certaines techniques de poncture, furent transmis oralement plutôt que par les textes.

 

Aleksandra Majstorac Kobiljski
Shimomura Kôtarô (1863-1937) et la circulation des savoirs techniques entre les États-Unis, le Japon et la Belgique

À travers la carrière du chimiste et ingénieur Shimomura Kôtarô, cet article explore l’intersection entre un itinéraire individuel et les début de la cokéfaction avec récupération des sous-produits au Japon au tournant du XXe siècle. Formé au Japon puis aux États-Unis, Shimomura a adapté au traitement du charbon japonais, à haute teneur volatile, des fours importés de Belgique, conçus pour traiter les charbons extraits en Europe. En analysant la manière dont les savoirs et l’expertise liés à la production du coke ont circulé, on peut montrer que dans ce cas précis le mouvement des techniques s’est accompagné d’une part significative d’innovation. Sur la base d’archives récemment découvertes et inexploitées, cet article s’interroge également sur le rôle des ingénieurs et de l’innovation dans l’industrialisation de l’époque Meiji (1868-1912).

 

Dhruv Raina
Retour sur la théorie sociale et l’histoire des sciences dans l’Asie du Sud de la première modernité et l’Inde coloniale

Les historiographies des sciences en Asie ont connu un changement majeur au cours des trois dernières décennies, changement inspiré par ceux de la théorie sociale des sciences, par un fort contextualisme et par le développement des recherches en histoire locale. Ce changement résulte aussi des interactions entre théorie sociale et pratique historique. En réponse à la question du rôle des « itinérants » —lettrés, missionnaires, fonctionnaires ou savants—, dans la circulation et la transmission des savoirs en Asie orientale, cet essai se tourne vers l’Asie du Sud, et tente d’en esquisser le paysage de la circulation des savoirs dans cette région au cours de la première modernité et de la période coloniale. Dans une seconde partie, la traduction des mathématiques modernes dans l’Inde coloniale est prise comme exemple pour illustrer les différentes stratégies de légitimation de nouveaux savoirs dans différents contextes culturels et nationaux.

 

Christian Jacob
La loupe et le miroir

L'histoire des savoirs est une discipline neuve, qui se développe au carrefour des humanités et des sciences sociales. Aux grandes généralisations et aux paysages diachroniques, elle préfère les études de cas, focalisées sur des lieux, des personnages, des moments particuliers. Les études de cas permettent cependant de réfléchir sur les objets même de l'histoire des savoirs, sur ses enjeux, sur ses formes de problématisation. Ces notes tentent de formuler quelques unes des  questions théoriques découlant des textes réunis dans ce numéro d'Extrême-Orient, Extrême-Occident et d'en souligner les apports pour un historien des savoirs travaillant sur d'autres aires culturelles.

Abstract

Catherine Jami
Mei Wending’s (1633-1721) Career and the Status of the Mathematical Sciences as a Field of Learning

This paper shows that there were four major stages in the career of Mei Wending, a specialist in the mathematical sciences, and consequently analyses how these stages where shaped by certain features of the early Qing state and society: namely, the civil examination system, imperial patronage of learning, which was itself emulated by high officials, as well as these officials’ geographical mobility. The links between certain characteristics of the sites of knowledge where Mei lived and his work—the production and circulation of his many treatises—are highlighted so as to show how he was finally recognized as “a great mathematician and astronomer” just at the time when the disciplines in which he specialized were gaining the status of scholarly learning.

 

Wu Huiyi
The Translations of F.-X. Dentrecolles (1664-1741), Missionary in China: Locality and the Circulation of Knowledge

This article examines the scholarly contribution of the French Jesuit François-Xavier Dentrecolles—one of the most prolific and eclectic missionaries who worked in China during the first half of the eighteenth century—in relation to his geographical itinerary. Trained in the Jesuit Province of Lyon, he worked for twenty years in the provinces of Fujian and Jiangxi after his arrival in China; he then spent another twenty years in Beijing. His work mainly consists in translations of Chinese sources, and his itinerary did not include the Chinese court. Confronting these two facts enables us to reflect on the conditions of the production and circulation of knowledge about China in the context of the Catholic mission, as well as on the limits of this circulation.

 

Lim Jongtae
Journey of the Modest Astronomers: Korean Astronomers’ Mission to Beijing in the Seventeenth and Eighteenth Centuries

This article focuses on the Korean court astronomers who made their journeys to Beijing in the seventeenth and eighteenth centuries. Conditioned by the politico-epistemic hierarchy between the two countries, Korean astronomers traveled to Beijing with their mission to acquire the secrets of astronomical calculation possessed by the Qing Bureau of Astronomy. In the course of the journeys that offered the Korean astronomers both frustrations and opportunities, the author argues that traveling to the metropolitan center became crucially incorporated into their self-portrait. They presented themselves modestly as the astronomers of a “marginal state,” who could not expect to be competent in their specialty without making pilgrimages to the imperial metropolis. This rhetoric of modesty reflected the conflicted position of the Korean official astronomers, who could promote their sociocultural interests only by negating their ability to be competent in their specialty on their own.

 

Mathias Vigouroux
Book Trade and Diplomacy: The Transmission of Medical Knowledge Related to Acupuncture and Moxibustion from China and Korea to Japan (1603-1868)

The archives of the Nagasaki trade and the transcription of the conversations between Chinese and Korean physicians on the one hand and Japanese physicians on the other provide information about the different channels through which medical knowledge circulated from China and Korea to Japan during the Edo period (1603-1868). Texts rather than men played an important role in the transmission of knowledge related to the practice of acupuncture. The Chinese and Korean physicians who went to Japan did not contribute directly to the diffusion of acupuncture. Only a few questions on this topic were asked in their conversations with Japanese physicians, and their answers mainly reveal differences in the interpretation of the Chinese classics or in the use of acupuncture needles. However, several conversations show that certain know-how, such as pulse diagnostic or some puncture techniques, were transmitted orally rather than by texts.

 

Aleksandra Majstorac Kobiljski
Shimomura Kôtarô (1863-1937) and the Circulation of Technical Knowledge Between the United States, Japan, and Belgium

Using the career of the Japanese chemist and engineer Shimomura Kôtarô as its focus, this article explores the intersection of an individual itinerary and the beginnings of byproduct coking in Japan at the turn of the twentieth century. Trained in Japan and then in the United States, Shimomura adapted coking ovens designed to process coal extracted in Europe to the processing of Japanese coal, which had a higher volatile content. By analyzing the way in which knowledge and expertise of the manufacture of coke traveled, it can be shown in this particular case the circulation of technology involved a signficant degree of innovation. Based on recently discovered and hitherto unstudied archival material, this article seeks to raise the question of the place of engineers and innovation in Meiji period industrialization (1868-1912).

 

Dhruv Raina
Revisiting the Social Theory and History of Science in Early Modern South Asia and Colonial India

Historiographies of the sciences in Asia have undergone a major revision over the last three decades—inspired by changes in the social theory of science, a robust contextualism, and growing scholarship in local histories. These revisions have equally been an outcome of the mutual shaping of social theory and historical practices. Responding to the role of  “itinerants,” be they scholars, missionaries, officials, or scientists in the circulation and transmission of knowledge in East Asia, the present essay synchronously moves to the geographical region of South Asia and attempts to draw the landscape of the circulation of knowledge in early modern and colonial South Asia. In the second part, it briefly instantiates the process of translation of modern mathematical knowledge in colonial India, illustrating the different strategies of legitimation of new knowledge in varied national and cultural contexts.

 

Christian Jacob
The Magnifying Glass and the Mirror

History of knowledge is a new discipline, one which has developed at the intersection of the humanities and the social sciences. Rather than broad generalisations and diachronic landscapes, this discipline works by case studies, focussing on particular times, places, and persons. Case studies, however, enable one to reflect on the objects, stakes, and modes of problematization of the history of knowledge. The notes proposed here attempt to formulate some of the theoretical questions stemming from the studies included in this issue of Extrême-Orient, Extrême-Occident, and to underline what can offer to a historians working on other cultural areas.

Extrême-Orient, Extrême-Occident
Cahiers de recherches comparatives

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Présentation

Extrême-Orient Extrême-Occident paraît une fois par an.
Revue bilingue : langue de rédaction des articles ; français et anglais

La revue consacre chaque numéro à un thème ou une question (la divination, le divertissement, le politique, l’art des jardins, l’existence d’une philosophie chinoise, etc.) intéressant l’ensemble des productions culturelles du monde sinisé (Chine, Corée, Japon, Viêt Nam). Les différentes contributions élaborent par convergence des éléments de réponse à partir des horizons et des savoirs les plus divers. L’ensemble est traditionnellement offert, pour clore le volume, à la réflexion d’un « regard extérieur » qui les met en perspective avec des travaux menés sur des questions similaires dans les civilisations d’« Extrême-Occident ».


Annual magazine : 1 number a year
Bilingual magazine: french and english

Each issue of Extrême-Orient Extrême-Occident is devoted to a single theme or a central question dealing with Chinese civilisation and its cultural sphere of influence (China, Korea, Japan, Vietnam). Recent issues focused on divination, garden culture, politics, entertainment and the existence of a Chinese philosophy. Contributors examine a common topic from a wide variety of angles and disciplinary approaches. Each volume concludes with an « exterior viewpoint » which offers a comparative comment on the subjects explored through the lens of Western traditions.

Revue fondée par François Jullien (1982)

Rédacteurs en chef : Matthias Hayek et Pierre-Emmanuel Roux (Université Paris Diderot, Paris 7)

Comité de pilotage : Caroline Bodolec (CNRS-École des Hautes Études en Sciences Sociales), Pierre Marsone (École Pratique des Hautes Études), Romain Graziani (École normale supérieure de Lyon et Institut universitaire de France), Annick Horiuchi (Université Paris Diderot, Paris 7).