Presses Universitaires de Vincennes


Bibliographie de Yann Dejugnat

Fitna (La) - Le désordre politique dans l'Islam médiéval
  • Auteur : Collectif
  • Revue : Médiévales n° 60
  • Nombre de pages : 220
  • Langues : Française
  • Paru le : 10/07/2011
  • EAN : 9782842922733
  • Caractéristiques
    • Support : Livre broché
    • ISSN : 0751-2708
    • CLIL : 3386 Moyen Age
    • ISBN-10 : 2-84292-273-5
    • ISBN-13 : 978-2-84292-273-3
    • EAN-13 : 9782842922733
    • Format : 155x220mm
    • Poids : 360g
    • Illustrations : Non
    • Édition : Première édition
    • Paru le : 10/07/2011
    •  
    • Support : PDF
    • ISBN-13 : 978-2-84292-302-0
    • EAN-13 : 9782842923020
    • Taille : 2 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 10/07/2011
    •  

Fitna (La) - Le désordre politique dans l'Islam médiéval

N°60/2011

Pour beaucoup d'historiens français, le désordre est créateur de sens. Il n'en est pas de même dans l'Islam traditionnel. Ce dernier rejette le désordre, la fitna, en arabe.

Consacré à l'Islam médiéval, ce numéro réunit des spécialistes de différentes disciplines autour de l'étude de la notion de fitna, évocatrice du désordre politique, principalement dans le monde andalou ainsi qu'en Sicile. Les points de vue adoptés sont multiples, car les auteurs ont fait appel à une vaste documentation, à travers l'étude des historiens, géographes et poètes andalous. Ainsi, au-delà des aspects politiques du sujet, ce numéro ouvre de nombreuses perspectives sur la production lettrée des mondes musulmans occidentaux entre le IXe et le XIVe siècle.

Coordinateur(s) du numéro :
Gabriel Martinez-Gros |

Emmanuelle Tixier Du Mesnil |
Auteur(s) :
Cyrille Aillet |
Yann Dejugnat |
Brigitte Foulon |
Gilles Lecuppre |
Sophie Makariou |
Gabriel Martinez-Gros |
Annliese Nef |
Emmanuelle Tixier Du Mesnil

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Al-Andalus | Cordoue | Désordre | Économie | Fitna | Histoire | Histoire politique | Ibn Khaldûn | Islam | Italie | Moyen Âge | Politique | Religion | Sicile

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Sommaire


Introduction à la fitna : une approche de la définition d’Ibn Khaldûn
Gabriel Martinez-Gros


La fitna andalouse du XIe siècle
Emmanuelle Tixier du Mesnil


Aux origines de la fitna, l’affaire al-Mughîra : 
la mémoire refoulée d’un assassinat à la cour de Cordoue au Xe siècle
Sophie Makariou


L’impact de la fitna chez les lettrés andalous
Brigitte Foulon


La fitna, pierre de touche du califat de Cordoue (IIIe/iXe-IVe/Xe siècles)
Cyrille Aillet


À l’ombre de la fitna, l’émergence d’un discours du voyage. 
À propos du Tartîb al-rihla d’Abû Bakr ibn al-‘Arabî (m. 1148)
Yann Dejugnat


La fitna sicilienne : une fitna inachevée ?
Annliese Nef


Schismes royaux dans l’Occident du XIIIe siècle : 
l’âge classique de la division politique ?
Gilles Lecuppre


ESSAIS ET RECHERCHES


Le poison et le sang dans la culture médiévale
Franck Collard


Une hérésie d’État. Philippe le Bel, le procès des « perfides templiers » 
et la pontificalisation de la royauté française
Julien Théry


Point de vue


La richesse des franciscains. Autour du débat sur les rapports 
entre économie et religion au Moyen Âge
Valentina Toneatto

 
Notes de lecture
Livres reçus   

Résumé

Gabriel Martinez-Gros

Introduction à la fitna : une approche de la définition d’Ibn Khaldûn

L’article s’efforce de définir le mot fitna chez Ibn Khaldûn. Partant d’une unique violence naturelle à tous les hommes et à tous les groupes, Ibn Khaldûn la divise en violence noble déployée pour la cause de la religion et de l’État, et en violence stérile des querelles familiales et tribales. La première (le jihâd pour la cause de la religion et de l’État) s’oppose à la seconde qui reçoit seule le nom de fitna. Toute guerre qui vise à créer ou à défendre un État est légitime. La violence est fitna avant et après l’apogée de l’État, quand la querelle reste tribale, ou lorsque le pouvoir ne défend plus que les intérêts étroits du harem et des généraux.

Ibn Khaldûn – guerre – État – jihâd – tribus – fitna.

 

Emmanuelle Tixier du Mesnil

La fitna andalouse du XIe siècle

Dans l’historiographie d’al-Andalus, le début du xie siècle est le temps de la fitna, celui de la guerre civile qui provoque l’effondrement du califat omeyyade de Cordoue. Perçue comme une rupture majeure, elle serait ce moment ténu où les équilibres s’inversent, où l’Espagne musulmane, désormais divisée et amoindrie, commence à reculer devant les débuts de la Reconquista chrétienne. Les contemporains comme les historiens ont porté un jugement extrêmement négatif sur cette période qui va de 1009 à 1031 et que prolonge le temps des Taïfas, les royaumes nés de la partition, ces enfants naturels de la fitna dont l’histoire occupe tout le reste du xie siècle. Il semblerait cependant que la rupture soit à relativiser : en amont de la fitna, alors que domine le puissant hadjîb al-Mansûr, les germes de la discorde sont déjà solidement plantés. En aval enfin, les brillants traits du reste du siècle ne plaident pas en faveur d’un commencement de la fin. Cette époque de division et de conflit est certainement l’un des ces moments essentiels où quelque chose de l’identité andalouse s’est joué, avant que la Péninsule ne soit sous la domination des Berbères almoravides.

Califat omeyyade de Cordoue – al-Mansûr – Amirides – Taïfas.

 

Sophie Makariou

Aux origines de la fitna, l’affaire al-Mughîra : la mémoire refoulée d’un assassinat à la cour de Cordoue au Xe siècle

Le prince al-Mughîra (950-976), dernier né du calife al-Nâsir (913-961), est connu par l’extraordinaire pyxide d’ivoire à son nom, conservée au musée du Louvre, et pour avoir été sommairement exécuté le jour même de la mort de son frère al-Hakam II (961-976) et de l’avènement de son neveu Hishâm II. Cet article fait le lien entre ces deux faits établis, en montrant qu’al-Mughîra était le véritable héritier désigné de son frère al-Hakam, avant d’être remplacé dans ce rôle par le fils encore mineur d’al-Hakam, contre les traditions de la dynastie et contre la loi de l’islam qui écartent l’idée d’un calife mineur. À la mort d’al-Hakam, un fort parti tente de rendre ses droits au prince Mughîra, d’où son exécution sommaire (puis celle de ses partisans) par les soins d’Ibn Abî ‘Âmir, le futur al-Mansûr, régent du califat (978-1002). Le souvenir de cet assassinat – et de ce coup d’État — jouera un rôle dans la révolte contre le fils d’al-Mansûr en 1009, et finalement dans le naufrage du califat. Inversement, la grandeur d’al-Mansûr, révérée par les historiens arabes comme les orientalistes, a contribué à avaliser le meurtre et à faire sombrer la mémoire d’al-Mughîra.

Califat – Cordoue – Esclavons (fityân) – poésie omeyyade – al-Mughîra.

 

Brigitte Foulon

L’impact de la fitna chez les lettrés andalous

L’analyse des œuvres littéraires produites en al-Andalus durant la fitna nous livre un témoignage primordial sur la crise du califat. Celle-ci désagrégea en effet brutalement un système qui exigeait des poètes qu’ils se tiennent au plus près du centre du pouvoir, et les jeta dans la plus grande précarité. Intermède douloureux, elle contient déjà néanmoins en germe le système décentralisé des Taïfas qui allait assurer à la poésie un nouvel âge d’or.

La littérature andalouse, bien plus qu’on ne l’a dit, colle à son contexte, et les textes du début du xie siècle résonnent du martèlement obsédant des motifs liés au départ et à l’exil. Pour autant, l’encodage rigoureux de la poésie en arabe classique ne laisse aux poètes qu’une marge de manœuvre très étroite, tant pour l’expression de leurs angoisses personnelles que pour l’évocation des crises collectives. Nous tenterons dans cette étude de déchiffrer l’écho de la fitna dans ces œuvres, et de comprendre comment leurs auteurs s’y prennent pour puiser dans la tradition poétique les matériaux susceptibles de rendre compte de leur expérience. Nous nous attacherons en particulier aux témoignages laissés par Ibn Darrāğ al-Qasṭallī, (958/347 h. – 1030/421 h.) et Ibn Šuhayd (992/382 h. – 1035/426 h.), qui procédèrent à une réactivation et à une instrumentalisation de deux thèmes majeurs de l’ode classique arabe :

– le raḥīl, ou thème du voyage, pour le premier, qui réussit par ce biais à infléchir le panégyrique, genre traditionnel s’il en est, de manière à en faire le réceptacle de ses émotions ;

– la thématique des vestiges de campements (aṭlāl), pour le second, qui ne trouva pas de moule plus efficace, pour couler ces mêmes émotions, que celui offert par les représentations bédouines. Ces thèmes et motifs acquirent, dans ce contexte, de nouvelles valeurs. Naturalisés, adaptés au contexte andalou, ils furent souvent en charge de traduire en mots les événements dysphoriques, dont la fitna est sans aucun doute l’exemple le plus représentatif.

Al-Andalus – fitna – Ibn Darrāğ al-Qasṭallī – Ibn Šuhayd – poésie arabe médiévale.

 

Cyrille Aillet

La fitna, pierre de touche du califat de Cordoue (iiie/ixe-ive/xe siècle)

Cet article examine la notion de fitna et sa transposition en al-Andalus, où elle apparaît comme la pierre de touche du califat de Cordoue, encadré par deux phases d’éclatement, la première fondatrice (iiie/ixe siècle), la seconde désintégratrice (ve/xie siècle). L’usage du lexique de la fitna à l’époque émirale permet de légitimer l’exercice de la violence d’État, mais aussi d’exprimer une vision hiérarchique de l’ordre social. En effet, les sources imputent principalement le désordre aux clivages ethniques qui divisent encore une société en transition, où l’intégration des convertis à l’élite « arabe » s’avère encore inachevée.

Émirat omeyyade de Cordoue – idéologie califale – catégorisation ethnique et religieuse – conversion à l’islam.

 

Yann Dejugnat

À l’ombre de la fitna, l’émergence d’un discours du voyage. À propos du Tartîb al-rihla d’Abû Bakr ibn al-‘Arabî (m. 1148)

Le Tartîb al-rihla d’Abû Bakr ibn al-‘Arabî inaugure un genre littéraire nouveau dans la littérature arabe, la rihla (« récit de voyage »). L’objectif de cet article est de faire apparaître, par l’approche de ce récit comme un discours, la signification que les lettrés andalous ont assignée au traditionnel voyage en Orient en quête de science au xiie siècle. Articulant savoir et action, politique et mystique, celui-ci fut désormais conçu comme une réponse à la fitna déclenchée par la conquête d’al-Andalus par les Almoravides.

al-Andalus – fitna – voyage – savoir – pouvoir.

 

Annliese Nef

La fitna sicilienne : une fitna inachevée ?

La Sicile islamique (ixe-xie siècle) semble peu fertile en événements qualifiés de fitna dans les sources. Seules quatre occurrences du terme apparaissent au cours d’un peu plus de deux siècles de domination musulmane de l’île. Ou plus exactement, des épisodes semblables à d’autres qui seraient appelés de la sorte ailleurs ne le sont pas en Sicile et la qualification d’un événement en fitna n’est jamais unanime chez les auteurs consultés. Les raisons de cette absence sont difficiles à établir de manière certaine, mais cette dernière semble refléter l’intégration inachevée de la Sicile à l’ensemble politique islamique aux yeux des auteurs médiévaux.

Sicile islamique – vocabulaire politique – fitna – Fatimides – Aghlabides.

 

Gilles Lecuppre

Schismes royaux dans l’Occident du XIIIe  siècle : l’âge classique de la division politique ?

Il est communément admis que le xiiie siècle occidental correspond à un âge classique, qui a permis un cheminement tranquille vers l’équilibre, le progrès, ou tout au moins l’unité. Toutefois, le domaine politique présente des résultats plus contrastés. Les rois de France ont bien consolidé leur emprise sans connaître les affres de l’inquiétude, tandis que le reste de l’Europe a vécu de nombreux schismes royaux. En Germanie, division rime de toute évidence avec élection, mais la transmission dynastique du pouvoir n’a pas empêché les autres royaumes de sombrer de temps à autre dans des crises de cette nature. Bien sûr, les chroniqueurs ne disposent pas d’équivalents latins ou vernaculaires de la notion de fitna. Ils perçoivent néanmoins avec acuité les effets néfastes de ces duels au sommet, qui menacent de se terminer en anarchie pure et simple. La résolution de conflits si radicaux ne coule pas de source. Quand le recours à la voie de fait ou à l’autorité supérieure du pape ou du suzerain n’y suffit pas, barons et ligues urbaines pensent peu à peu avoir leur mot à dire sur le sujet. Ainsi, la discorde nous révèle-t-elle paradoxalement l’importance et la popularité acquises par la royauté.

xiiie siècle – compétition royale – guerre civile – royauté.

 

Franck Collard

Le poison et le sang dans la culture médiévale

Élus, somme toute récemment, au rang d̓objets d̓histoire, le poison et le sang entretiennent des relations complexes dans les représentations médiévales qui, tout à la fois, les opposent en matière juridique et criminelle mais pas toujours, les relient (venenum a vena) en matière médicale et les fusionnent même en matière proprement « vénénologique » comme le montrent les traités des poisons où la toxicité du sang animal et humain fait régulièrement l̓objet de développements.

sang – poison – crime – médecine.

 

Julien Théry

Une hérésie d’État. Philippe le Bel, le procès des « perfides templiers » et la pontificalisation de la royauté française

Après avoir rappelé les grandes lignes de l’affaire du Temple, l’article en esquisse une réinterprétation d’ensemble. L’analyse des sources émises par les instigateurs du procès, le roi de France Philippe le Bel et ses conseillers, est privilégiée. Une logique étrangère à l’histoire de l’ordre mais propre, en revanche, à celle de la monarchie capétienne présida aux événements. La « découverte » et la répression d’une « hérésie des templiers » furent la dernière étape d’un processus, commencé lors du conflit avec Boniface VIII, au cours duquel la royauté française s’appropria les fondements mystiques de la théocratie pontificale. Dans l’affaire du Temple, les légistes royaux achevèrent de sceller une nouvelle alliance entre Dieu et le Capétien. Défenseur suprême de la foi catholique, le roi était désormais investi d’une fonction christique. L’enjeu du procès des templiers fut la transfiguration du pouvoir royal.

Procès des templiers – Philippe le Bel – hérésie – théocratie pontificale – religion royale.

 

 


Abstract

Gabriel Martinez-Gros

An Introduction to the Fitna. An Assessment on Ibn Khaldûn’s Definition of the Word

The paper intends to define the fitna in Ibn Khaldûn’s historical work. In Ibn Khaldûn’s views, all the human beings have been endowed with a single general amount of violence. But he divides that universal violence into two kinds, according to the purpose it is aiming at : a noble violence outbursting for God’s sake and for the State interests ; and an evil violence unchained by petty tribal rivalries. Only the last one deserves to be called a fitna. Every war waged for creating or maintaining a State is considered legitimate. The fitna comes before or after the State : in the tribes when they have not yet been touched by the ambition of creating a State ; and at the twilight of the dynasties, when violence has already come down to personal strife among the members of the Court.

Ibn Khaldûn – war – state – jihâd – tribes – fitna.

 

Emmanuelle Tixier du Mesnil

The Andalusian Fitna in the eleventh century

In the historiography of al-Andalus, the early eleventh century is the time of the fitna, the time of the civil war which provoked the collapse of the Umayyad caliphate of Cordoba. Seen as a major breakup, it might be that tenuous moment when the balance is upset, when Muslim Spain, henceforth divided and weakened, begins to lose ground against the beginnings of the Christian Reconquista. The people of that period as well as the historians have formed an extremely negative judgment on this period which goes from 1009 to 1031 and is followed by the time of the Taïfas, the kingdoms grown from this division, heirs to the fitna which takes up the rest of the eleventh century. It seems, nonetheless, that this breakup should be moderated : prior to the fitna, at the time when hadjîb al-Mansûr ruled, the seeds of strife had already been deeply sown. Finally, posterior to it, the brilliant aspects of the rest of the century do not speak for the beginning of the end. This time of division and strife is no doubt one of these essential moments when a part of the Andalusian identity was shaped, before the Peninsula got ruled by the Almoravid Berbers.

Umayyad caliphate of Cordoba – al-Mansûr – Amirids – Taifas.

 

Sophie Makariou

At the Source of the Fitna, the al-Mughîra Case: the Repressed Memory of a Murder at the Court of Cordoue in the 10th Century

The last son of the caliph al-Nâsir (913-961), Al-Mughîra’s name has been connected to the outstanding ivory pyxis carved for him and to his brutal execution on the very day of his nephew’s Hishâm ascent to the throne (976). This paper joins both facts. It proves that al-Mughîra was the rightful heir of his brother al-Hakam II (961-976) until a son was born to the aging Caliph. That son, Hishâm, displaced al-Mughîra as an heir apparent, in spite of being a child and against all the traditions of the dynasty and the Law of Islam, which both rule out the capacity of a child to hold the caliphate. On al-Hakam’s death, a strong party within the palace intends to give al-Mughîra his rights back. It fails. First al-Mughîra, and then his supporters, are slain by Ibn Abî ‘Âmir, who is to take over the power as al-Mansûr (978-1002). The memory of the murder plays its part in the 1009 upheaval against al-Mansûr’s son, and in the actual wreck of the caliphate. On the other side, al-Mughîra’s memory has been silenced by the Arab and the Western historians caught by al-Mansûr’s impressive glory.

Caliphate – Cordoba – slave servants (fityân) – Umayyad poetry – al-Mughîra.

 

Brigitte Foulon

Fitna’s Impact on Andalusian Men of letters

The analysis of literary works produced in al-Andalus during the Fitna supplies key information about the crisis of the caliphate. The latter brutally brought an end to a system which required of the poets to be near the very center of the power, and jeopardized their status. Though a painful interlude, it nonetheless bore the autonomous system of the Taifas which would lead to a new Golden age in poetry. The Andalusian literature fitted, much more than has been said, the context of its time, and the texts of the early eleventh century echoed the pounding and obsessive patterns tied to departure and exile. Yet, the strict encoding of this poetry into classical Arabic didn’t leave much ground for the poets to either express their personal feelings of anguish or to conjure up collective trouble. We will attempt to decipher in this study the echoes of the Fitna in these works and try to understand how their authors managed to draw from the tradition of poetry the materials which might convey their experience. We will especially focus on the testimonies left by Ibn Darrāğ al-Qasṭallī (958/347 h. – 1030/421 h.) and Ibn Šuhayd (992/382 h. – 1035/426 h.), who revived and exploited two major themes from the Arabic Classical ode :

– the raḥīl or theme of travelling for the first one, who managed by this means to alter the panegyric and turned it into a means of expressing his feelings ;

– the aṭlāl or theme of the remains of encampment, for the second one, who did not find a better mould to cast his emotions than the one pictured by the Bedouins.

These themes or patterns gained, in this context, new values. Adapted to the Andalusian context, they were in charge of putting into words the dysphorical events such as the Fitna which best represents them.

Al-Andalus – fitna – Ibn Darrāğ al-Qasṭallī – Ibn Šuhayd – Arabic poetry of Middle Ages.

 

Cyrille Aillet

The fitna as a Touchstone for the Umayyad Caliphate of Cordoba (thirth/ninth – fourth/tenth c.)

This paper focuses on the notion of fitna and its transferency to al-Andalus, where it was used as a touchstone for the Umayyad Caliphate of Cordoba. Actually, the Caliphate is framed with two periods of desintegration, a foundative one (thirth/ninth c.), and a destructive one (fifth/eleventh c.). During the Emirate, the lexical field of the fitna was used as a way of legitimizing State violence, and also as a tool for shaping a hierarchical vision of the social order. In the contemporary sources, political disorder is mainly attributed to ethnic divisions within the society, in a context characterized by the unachieved integration of Muslim converts to the « Arabic » elite.

Umayyad Emirate of Cordoba – Caliphal ideology – ethnical and religious categorization – conversion to islam.

 

Yann Dejugnat

In the Shade of Fitna, the Emergence of a Speech of the Travel. About the Tartîb al-rihla of Abû Bakr ibn al-‘Arabî (d. 1148)

The Tartîb al-rihla of Abû Bakr ibn al-‘Arabî inaugurate a new literary genre in the Arabic literature, the rihla (« account of travel »). The objective of this article is to make appear, by the approach of this narrative as a speech, the meaning that the Andalusian scholars assigned to the traditional travel to the East in search for khowledge in the xiith century. Articulating knowledge and action, political and mystic, it was henceforth conceived as an answer to the fitna set off by the conquest of al-Andalus by Almoravides.

al-Andalus – fitna – travel – knowledge – power.

 

Annliese Nef

The Sicilian Fitna : an Incomplete Fitna ?

Islamic Sicily (ninth-eleventh century) did not give birth to many events qualified of fitna in the sources. Only four occurrences of the word have been found during the more than two centuries of muslim domination over the island. Or, more exactly, events similar to others which are called fitna/s elsewhere are not qualified as such in Sicily. Moreover, the designation of an event as a Sicilian fitna is never unanimous among the authors. The reasons of this absence are difficult to establish with certainty, but it could reflect the incomplete political integration of Sicily into the Islamic world in the eyes of the medieval authors.

Islamic Sicily – political vocabulary – fitna – Fatimids – Aghlabids.

 

Gilles Lecuppre

Royal Splits in Thirteenth Century West : the Classical Age of Political Division ?

The generally accepted view is that the Latin West reached during the thirteenth century its classical era and peacefully found its way towards equilibrium, progress or, at least, unity. However, political issues seem somewhat uneven. French kings consolidated their hold on their subjects without worrying in the slightest, whereas the rest of Europe experienced numerous royal splits. In Germany, there was an obvious link between division and election, but the dynastic transfer of power did not prevent other kingdoms from sinking, occasionally, into such crises. Of course, there is no Latin or vernacular word to express that native version of fitna. Chroniclers nevertheless had an acute awareness of the harmful effects of those summit duels which could potentially end in mere anarchy. Such radical conflicts were not easily resolved. When resorting to force or to the superior authority of popes or overlords was not enough, barons and urban leagues progressively thought they were entitled to have their say in the matter. Thus, discord paradoxically revealed how important and popular kingship had become.

Thirteenth century – royal competition – civil war – kingship.

 

Franck Collard

Poison and Blood in Medieval Culture

Recently admitted among historical subjects, poison and blood have complicated relationships in medieval representations which, at once, contrast them in juridical and criminal matter but not always, link them together (venenum a vena) in medical matter and even combine them in toxicological matter as treatises on poisons show it, where toxicity of animal and human blood is regularly treated.

blood poison crime medicine.

 

Julien Théry

A Heresy of State. Philip the Fair, the Trial of the “Perfid Templars” and the Pontificalization of French Kingship

Having first summed up the Temple case, this article outlines a comprehensive reinterpretation with special regard to the texts written by the instigators of the trial, namely Philip the Fair and his ministers. The logic that prevailed was peculiar to the history of the capetian monarchy ; it had nothing to do with the order’s history. The « discovery » and repression of the « templars’heresy » was the last step of a process that had begun with the franco-papal rift at the time of Boniface VIII. In this process, the french monarchy appropriated the mystic foundations of the papal theocracy. With the Temple case, the royal legists finished to set the seal on a New Alliance between God and the king. As the ultimate defender of the catholic faith, the capetian king was now fully invested with a christical function. What was at stake in the templars’trial was the transfiguration of the royal power.

Trial of the templars – Philip the Fair – heresy – papal theocracy – royal religion.

 



Extrait(s)

Gabriel MARTINEZ-GROS
Emmanuelle TIXIER DU MESNIL

La fitna : le désordre politique
dans l’Islam médiéval

Pour la plupart des historiens français, héritiers des révolutions, le désordre est créateur de sens, annonciateur d’un ordre nouveau. Il n’en est pas de même dans l’Islam traditionnel : les chroniqueurs médiévaux tout comme les juristes ou les théologiens ne tiennent pour dignes d’histoire que les règnes glorieux et les sectes victorieuses. Ils rejettent le désordre, la fitna en arabe, dans le non-sens et se refusent même à l’expliquer de peur de le justifier. Selon un célèbre hadith, « mieux vaut soixante ans d’injustice qu’un seul jour de désordre 1. ». À partir de la fin du xixe siècle, les orientalistes, largement prisonniers de leurs sources, ont pérennisé cette approche. Parlant de la fitna andalouse du xie siècle qui met une fin brutale au califat omeyyade de Cordoue, Évariste Lévi-Provençal, grand découvreur et connaisseur des textes de l’Espagne musulmane, la qualifie d’histoire confuse et lamentable, et ce faisant, refuse d’en traiter.

Le contexte de l’hiver 2011 paraît démentir ces vues et remettre en cause ce que Aziz al-Azmeh nomme le « pessimisme anthropologique de l’Islam 2. », c’est-à-dire la fondamentale méfiance qu’il convient d’observer envers l’expression désordonnée de la liberté, et la conviction que le frein et la contrainte sont nécessaires à l’équilibre des sociétés. Il nous semble donc opportun de présenter aujourd’hui ce dossier sur la fitna et le désordre dans l’Islam médiéval, et ce d’autant plus que l’historiographie en est singulièrement pauvre 3..

Spécialistes de l’Espagne musulmane, nous avons privilégié la part occidentale du monde islamique, d’al-Andalus au Maghreb et à la Sicile, entre le ixe et le xiie siècle.

Nous avons choisi d’ouvrir ce dossier avec le fameux historien du xive siècle Ibn Khaldûn : l’analyse des occurrences du mot fitna dans sa grande chronique universelle, le Kitâb al-’Ibar, offre une grille de lecture générale du concept (Gabriel Martinez-Gros). Dans l’Islam occidental, ce sont les troubles que déchaîne la chute du califat omeyyade (1009-1031) qui ont mérité par excellence le nom de fitna. Trois contributions s’attachent à les analyser : Emmanuelle Tixier du Mesnil présente la complexité événementielle et les enjeux longtemps tenus pour ethniques d’une histoire fondamentalement politique. Sophie Makariou exhume un meurtre d’État dont la mémoire anime encore, une génération plus tard, les premiers acteurs de la fitna. Spécialiste de la littérature arabe andalouse, Brigitte Foulon évoque l’existence douloureuse de quelques grandes figures de poètes pris dans la tourmente et l’exil de la fitna. Cyrille Aillet rappelle cependant qu’un précédent temps des troubles avait traversé l’histoire omeyyade à la fin du ixe siècle ; et il interroge une interprétation elle aussi restée longtemps ethnique. Dans l’Espagne musulmane du xiie siècle, Yann Dejugnat explore la riche polysémie du terme en mettant en lumière les racines politiques de l’épreuve spirituelle (fitna) du mystique Abû Bakr Ibn al-‘Arabî. Par comparaison, la Sicile, étudiée par Annliese Nef, n’offre guère d’exemple abouti et documenté de fitna. Spécialistes de l’Islam, nous avons enfin trouvé notre exotisme dans l’analyse de l’Occident chrétien du xiiie siècle. Là où l’historiographie traditionnelle voyait le temps de l’ordre et de l’équilibre des royautés féodales, Gilles Lecuppre repère les symptômes d’un désordre organique. Les deux mondes en ressortent plus proches dans leur complexité.

Gabriel Martinez-Gros – Université de Paris Ouest-Nanterre La Défense, EA 1587, Département d’histoire, 200 avenue de la République, F-92001 Nanterre cedex

Emmanuelle Tixier du MesnilUniversité de Paris Ouest-Nanterre La Défense, EA 1587, Département d’histoire, 200 avenue de la République, F-92001 Nanterre cedex

1 L’horreur du désordre et la recherche du consensus, chez les hommes de religion sunnites en particulier, prennent probablement leur source dans les plaies jamais refermées de la grande fitna, c’est-à-dire la guerre civile qui opposa Alî et Mu’awiya à la fin de la première génération de l’Islam (656-661), cf. H. Djaït, La Grande Discorde, Paris, 1990.

2 A. al-Azmeh, Power and the Sacred in Muslim, Christian and Pagan Polities, Londres, 2001.

3 Même dans les années soixante et soixante-dix, dans le contexte de la décolonisation et d’une historiographie marxisante, révoltes et révolutions dans l’Islam médiéval n’ont guerre suscité de travaux fondamentaux, à l’exception de l’ouvrage d’Alexandre Popovic (La Révolte des esclaves en Iraq au iiie/ixe s., Paris, 1976) sur la révolte des esclaves africains du sud de l’Iraq soulevés contre le califat abbasside à la fin du ixe siècle.

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Présentation

Médiévales paraît deux fois par an.
Langue de rédaction des articles : français

La revue, créée en 1982, entend rester un lieu de rencontre entre des médiévistes de générations et d'origines diverses. Sur des thèmes successifs elle présente des points de vue et des écritures venant d'horizons disciplinaires variés. Par là elle ouvre notre curiosité et rénove notre connaissance du Moyen Âge.

This journal means to remain a meeting place for medievalists of different generations and backgrounds. It presents points of view on recurring themes and studies from varied disciplines. It opens our curiosity and renews our knowledge of the Middle Ages.

Directrice de la rédaction : Laurence Moulinier-Brogi.
Rédacteurs en chef : Danièle Sansy et Christopher Lucken.
Comité de rédaction : Didier Boisseuil, Nathalie Bouloux, Boris Bove, Alban Gautier, Stéphane Gioanni, Didier Lett, Fanny Madeline, Marilyn Nicoud, Mireille Séguy, Malcom Walsby, Nicolas Weill-Parot.

Revue soutenue par l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS.