Presses Universitaires de Vincennes


Bibliographie de Jan Biederman

Histoires de Bohême
  • Auteur : Collectif
  • Revue : Médiévales n° 67
  • Nombre de pages : 214
  • Langues : Française
  • Paru le : 10/02/2015
  • EAN : 9782842924225
  • Caractéristiques
    • Support : Livre broché
    • ISSN : 0751-2708
    • CLIL : 3386 Moyen Age
    • ISBN-10 : 2-84292-422-3
    • ISBN-13 : 978-2-84292-422-5
    • EAN-13 : 9782842924225
    • Format : 160x240mm
    • Poids : 398g
    • Illustrations : Oui
    • Édition : Première édition
    • Paru le : 10/02/2015
    •  
    • Support : PDF
    • ISBN-13 : 978-2-84292-509-3
    • EAN-13 : 9782842925093
    • Taille : 12 Mo
    • Protection : Marquage (water mark)
    • Illustrations : Non
    • Paru le : 10/02/2015
    •  

Histoires de Bohême

Nouveaux regards sur les sources (XIVe-XVe siècles) - N°67/2014

Des sources politiques et littéraires de l'histoire de la Bohême inédites, montrant leurs liens avec le contexte général de l'histoire européenne, en particulier la question de « La nation et des nations au Moyen Âge »

L’histoire de la Bohême des XIVe et XVe siècles est évoquée à travers plusieurs sources essentiellement en vieux tchèque : miroirs des princes, chroniques, romans arthuriens témoignent entre autres de la richesse de la culture écrite dont la production a été encouragée par la noblesse tchèque et qui permettent d’étudier ici l’image de plusieurs figures du pouvoir :
l’empereur Charles IV de Luxembourg (1346-1378), son fils Venceslas IV (1378-1419), ou encore la reine Élisabeth de Bohême.
Les récits de voyage qui apparaissent au XVe siècle révèlent les tensions religieuses de la société tchèque, entre catholiques et utraquistes. Les guerres hussites (1419-1434), au cours desquelles apparaît la tactique du Wagenburg ( littéralement « forteresse de wagons »), voient la naissance de genres littéraires sans équivalent dans le reste de l’Europe, comme la chanson polémique dans laquelle le motif de la ruse et de la traîtrise est un classique utilisé par l’ennemi.

Coordinateur(s) du numéro :
Martin Nejedly |

Marilyn Nicoud |
Jaroslav Svátek |
Auteur(s) :
Vojtech Bažant |
Jan Biederman |
Charlotte Christensen-Nugues |
Irène Fabry-Tehranchi |
Cécile Ranvier |
Vera Vejrychová |
Jan Vojtíšek |
Sara Vybiralova |
Martin Šorm |
Václav Žurek

SommaireRésuméAbstractExtrait(s)Collection/Abonnement

Mots-clés : Art de la guerre | Bohême | Charles IV de Luxembourg | Elisabeth de Bohême | Guerres hissutes | Idéal | Langue tchèque | Moyen Âge | Nations | Pouvoir | Quatorzième siècle | Quinzième siècle | Religion | Ruse | Tchéquie | Venceslas IV de Luxembourg

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Dernières nouveautés




Sommaire

La Bohême au XIVe et XVe siècles
Martin Nejedlý et Jaroslav Svátek

Entre idéal et polémique. La littérature politique dans la Bohême des Luxembourg
Jan Vojtíšek et Václav Žůrek

Figures des reines dans les chroniques tchèques du XIVe siècle : idéal, pouvoir, transgressions
Věra Vejrychová

Représentations de l’intimité dans le roman arthurien tchèque
Martin Šorm

« Oyez, fidèles, la ruse diabolique ! » La ruse et la trahison dans la chanson polémique de l’époque hussite
Sara Vybiralova

L’art militaire dans les ordonnances tchèques du XVe siècle et ses réceptions : doctrine comme résultat de la pratique
Jan Biederman

Les récits de voyage médiévaux originaires de Bohême : produits d’une société confessionnalisée ?
Vojtěch Bažant et Jaroslav Svátek


ESSAIS ET RECHERCHES

Arthur et ses barons rebelles. La fin remaniée et abrégée de la Suite Vulgate du Merlin dans le manuscrit du cycle du Graal, Paris, BnF, fr. 344 (circa 1295)
Irène Fabry-Tehranchi

Miroir historial de Jacques d’Armagnac : un monument bibliophilique pour un prince ambitieux
Cécile Ranvier

Mariages clandestins dans la Suède médiévale. Le témoignage des statuts synodaux
C. Christensen-Nugues

 

-Notes de lectures
-Livres reçus

Résumé

Jan Vojtíšek et Václav Žůrek
Entre idéal et polémique. La littérature politique dans la Bohême des Luxembourg

Au cours du xive siècle, la littérature politique connaît en Bohême une croissance importante : comme partout ailleurs en Europe occidentale, se développe une littérature engagée en langue vernaculaire. Cette tendance est ici analysée à travers le genre des miroirs des princes selon deux lignes de questionnement. La première partie traite du rôle que joue l’image du roi sage (rex sapiens) dans l’idéologie et la représentation de l’empereur Charles IV de Luxembourg. La seconde partie s’intéresse à la société politique en Bohême telle qu’elle est reflétée dans le poème Nouveau conseil de Smil Flaška de Pardubice, qui se prononce de façon polémique sur le règne de son fils Venceslas IV.

 

Věra Vejrychová
Figures des reines dans les chroniques tchèques du xive siècle : idéal, pouvoir, transgressions

Cet article étudie l’image des reines dans les chroniques tchèques du xive siècle, en se concentrant sur la figure d’Élisabeth de Bohême, située au point de transition dynastique entre les Přemyslide et les Luxembourg. Les récits divergents de sa vie et de ses différentes étapes, nécessairement déterminées par son mariage, permettent d’analyser à quel point la mise en narration tient compte des tensions entre les comportements idéalisés et genrés, définis par la littérature prescriptive, et la « réalité historique », appréhendée en fonction des buts particuliers de chaque historiographe médiéval. Enfin, grâce aux mises en parallèle avec d’autres reines, son parcours se dégage comme un phénomène inscrit dans un système de valeurs, relevant de l’idéal de l’office de la reine.

 

Martin Šorm
Représentations de l’intimité dans le roman arthurien tchèque

Les deux romans arthuriens tchèques de la fin du xive siècle (Tandariáš a Floribella et Tristram a Izalda) sont présentés comme des sources historiques pour les chercheurs sur la culture courtoise. Les auteurs médiévaux ont conçu les représentations littéraires de l’intime comme des moyens pour cultiver leur public et pour raffiner leur sensibilité. Les scènes où le chevalier Tandariáš s’oublie lui-même et se blesse peuvent être comparées avec des motifs introduits par Chrétien de Troyes. L’intime se trouve aussi entre l’isolement dans l’espace privé et la performance sociale. Par exemple, le lit royal est présenté par l’auteur de Tristram a Izalda comme l’attribut du pouvoir. Il manifeste comment l’intime a pu être considéré comme un élément concernant l’ensemble de la société.

 

Sara Vybiralova
« Oyez, fidèles, la ruse diabolique ! » La ruse et la trahison dans la chanson polémique de l’époque hussite

C’est à l’époque des guerres hussites que les chansons polémiques connurent, en Bohême, un premier essor en tant qu’outil publicitaire. Dans ce cadre textuel, le motif de la ruse et de la traitrise, formant déjà un topos dans la littérature tchèque plus ancienne, devient un des traits constants de l’ennemi. Opposée de manière radicale à la fidélité et à la vérité, une telle accusation implique une certaine paranoïa et s’adresse aux émotions : dans l’argumentation, le pathos l’emporte au détriment du logos.

 

Jan Biederman
L’art militaire dans les ordonnances tchèques du xve siècle et ses réceptions : doctrine comme
résultat de la pratique

Au cours du xve siècle, la position dominante de la cavalerie lourde fut définitivement ébranlée par le développement de la tactique de l’infanterie dans diverses parties de l’Europe. Ce fut le cas notamment dans les pays tchèques de l’époque des guerres hussites, où les événements ont donné naissance à la tactique du Wagenburg et, en rapport avec elle, aux ordonnances militaires, une source importante pour la connaissance de l’histoire militaire de l’Europe du bas Moyen Âge.

 

Vojtěch Bažant et Jaroslav SvátekCentrum medievistických studií AV ČR, Prague
Les récits de voyage médiévaux originaires de Bohême : produits d’une société confessionnalisée ?

Cette étude analyse la question de l’identité confessionnelle dans la littérature de voyage au xve siècle en Bohême. Les clivages entre les différentes religions influencèrent ces textes et ceux-ci devinrent un medium pour commenter la question confessionnelle. Malgré la similarité des perceptions religieuses du monde entre les catholiques, les utraquistes et les membres de l’Unité des Frères (ainsi que de ceux dont l’identité confessionnelle n’est pas claire), les textes analysés reflètent des polémiques visant les autres groupes confessionnels.

 

Essais et recherches

 

Irène Fabry-Tehranchi
Arthur et ses barons rebelles. La fin remaniée et abrégée de la Suite Vulgate du Merlin dans le manuscrit du cycle du Graal, Paris, BnF, fr. 344 (circa 1295)

Le ms. Paris, BnF, fr. 344, est un manuscrit lorrain de la fin du xiiie siècle conservant l’intégralité du cycle du Graal qui présente une version abrégée de la fin de la Suite Vulgate du Merlin. Le remaniement de la fin de la continuation met entre parenthèses les épisodes plus romanesques de la version commune et construit la cohérence de l’œuvre autour de la figure d’Arthur, souverain légitime et habile chef de guerre, confronté à la dissidence de ses barons. De la fin du fo 182 au fo 184v sont évoqués le départ des rois Ban et Bohort pour le continent, l’ambassade du roi Loth et de ses fils, et la lutte contre les Saxons de la coalition chrétienne rassemblée à Logres pour la fête de la sainte Croix. Cet article montre comment l’abrègement et l’illustration de la fin du texte dans le fr. 344 témoignent d’une forte inflexion idéologique, exaltant la souveraineté d’Arthur en insistant sur le ralliement puis la contrition et la soumission de ses vassaux révoltés.

 

Cécile Ranvier
Le Miroir historial de Jacques d’Armagnac : un monument bibliophilique pour un prince ambitieux

Lorsque Jacques d’Armagnac commande la première pièce de sa future bibliothèque, un monumental Miroir historial de près de 1350 feuillets, il est alors au sommet de sa carrière politique, soutenu par le roi Louis XI qui a fait de lui l’un des seigneurs les plus puissants de son époque. Plus qu’un simple témoignage de son pouvoir, ce triple manuscrit nous éclaire sur la vie et les aspirations de ce personnage malmené par l’histoire. Le luxe ostentatoire de cet ouvrage se développe à travers les quelques cinq cents miniatures qui l’agrémentent. Réalisées par des enlumineurs particulièrement productifs au cours du xve siècle, les images du Miroir historial illustrent, par leur relative banalité iconographique, les méthodes de travail des ateliers de l’époque. Elles donnent cependant de précieux indices sur l’identité des différents historieurs qui y ont travaillé et relance, une fois encore, le débat sur l’attribution des images de cet immense manuscrit, un débat qui dure maintenant depuis plus d’un siècle.

 

C. Christensen-Nugues
Mariages clandestins dans la Suède médiévale. Le témoignage des statuts synodaux
 

Selon le droit canonique médiéval, le consentement mutuel était le seul acte nécessaire pour créer un mariage valide ; un mariage contracté secrètement pouvait donc lui aussi être parfaitement valide. De tels mariages, dits clandestins, présentaient néanmoins des difficultés pratiques majeures lors de l'application de la législation matrimoniale de l'Église. Ceci était particulièrement apparent au niveau diocésain et presque tous les statuts synodaux européens traitent de ces mariages. Dans ce contexte, les statuts synodaux suédois se distinguent par la place relativement modeste accordée à ce problème.
Dans cet article, nous comparons les références aux mariages clandestins dans les statuts synodaux suédois et français et nous explorons les raisons possibles de leurs différences dans la tradition légale suédoise. La législation séculière de la Suède médiévale comportait des règles détaillées pour la formation du mariage. Elles avaient comme conséquence de lui assurer une certaine publicité. Ceci faisait que les mariages clandestins, dans le sens de mariages secrets et sans témoins, étaient relativement rares. Les statuts synodaux suédois reflètent cette situation et mettent en lumière l'influence de traditions matrimoniales antérieures et la manière dont le droit commun s'en est accommodé.

Abstract

Jan Vojtíšek et Václav Žůrek
Between Ideal and Polemic. Political Literature in Luxembourg Bohemia

Political literature flowered and progressed considerably in Fourteenth-century Bohemia : as well as in the rest of Western Europe, this literature reflected political engagement and was written in vernacular. This tendency is analysed on the basis of the genre of the mirrors for princes in two main directions. The first part deals with the role played by the image of the wise king (rex sapiens) in the ideology and self-presentation of the Emperor Charles IV of Luxembourg. The second part focuses on the political society of Bohemia reflected in the poem New Council by Smil Flaška of Pardubice, which is highly polemical and critical of the reign of his son Wenceslaus IV.

 

Věra Vejrychová
Figures of Queens in Czech chronicles in the Fourteenth Century : Ideal, Power, Transgressions

This paper deals with the image of queens in Czech chronicles from the fourteenth century, focusing especially on Elizabeth of Bohemia, situated at the dynastical transition between the Premyslids and the Luxembourgs. Thanks to divergent accounts of her life and its different moments, necessarily determined by her marriage, it is possible to analyse how the narrative reflects the tensions between idealized gendered behaviour, defined by prescriptive literature, and “historical reality”, described according to the objectives of each medieval historian. Elizabeth’s life, examined in parallel with those of other queens, appears ultimately as a phenomenon inscribed in a particular system of value, revealing the ideal of queenship.

 

Martin Šorm
Representations of Intimacy in the Czech Arthurian Romance

Two Czech Arthurian romances from the end of 14th century – Tandariáš a Floribella and Tristram and Izalda – are presented as a historical source for students of courtly culture. Literary representations of intimacy were used by the authors to cultivate and refine the manners and thoughts of their aristocratic audience. For example, the scenes where the knight Tandariáš forgets and wounds himself can be in this regard compared to some motifs introduced by Chrétien de Troyes. On the other hand, intimacy lies on the border between isolated privacy and social performance. For example the royal bed, used by the author of Tristram and Izalda as an attribute of power, demonstrates how intimacy is considered as a general interest of whole society.

 

 

Sara Vybiralova
“Listen, you faithful, the evil ploy !”. Ploy and Betrayal in Polemic Songs of the Hussite period

During the period of the Hussite riots, the polemic songs were frequently used in medieval Bohemia as a means of propaganda. The ploy and betrayal motif, already a literary topos in older Czech literature, becomes in this specific context one of the main characteristics of the enemy. Utterly opposed to fidelity and truth, the accusation of treason implies a kind of paranoia and favors an argumentation addressing the emotions : pathos overcomes logos.

 

Jan Biederman
Military Art contained in battle orders of late medieval Bohemia and their reflection: doctrine as a result of practice

In the fifteenth century, the dominant position of heavy cavalry on the battlefield was definitively undermined by the development of infantry tactics in several parts of Europe. This was notably the case in the kingdom of Bohemia of the Hussite wars period, when events gave birth to the new tactics of wagon fort and to a unique type of source – battle orders relating to this tactic, which give additional information on the military history of Europe in the late Middle Ages.

 

Vojtěch Bažant et Jaroslav SvátekCentrum medievistických studií AV ČR, Prague
Medieval travelogues from Bohemia : products of a society characterized by its different religious communities ?

This paper analyses the question of confessional identity in the Fifteenth century Bohemian travel literature. The religious division influenced these texts and they became a medium for their authors to comment on this question. Despite the similar religious perception of the world among the Catholics, the Utraquists or the members of the Unity of Brethren (and those of unclear religious identity), the texts we analyse reflect the polemics aimed at the other religious communities.

 

Essais et recherches

 

Irène Fabry-Tehranchi
Arthur and his rebel barons. The abridgment and remaniement of the end of the Vulgate Sequel to Merlin in the Lancelot-Grail manuscript, Paris, BnF, fr. 344 (ca 1295)

The ms. Paris, BnF, fr. 344, is a manuscript produced in Lorraine at the end of the thirteenth century containing the whole Grail cycle. It presents an abridged version of the end of the Vulgate Sequel to Merlin. The rewriting of the end of the sequel glosses over the romantic episodes of the common version and focuses on the figure of Arthur, a legitimate sovereign and skilful war leader confronted by his barons’ dissidence. From the end of f° 182 to f° 184v, BnF, fr. 344, narrates the departure of Kings Ban and Bohort for the Continent, the embassy of King Loth and his sons, and the fight against the Saxons of the Christian coalition gathered at Logres for the feast of the Holy Cross. This article shows the ideological implications of the abridgement and the illustration at the end of the Vulgate Sequel in ms. fr. 344, as it exalts Arthur’s kingship and insists on the rallying, penance and submission of his rebelled vassals.

 

Cécile Ranvier
Le Miroir historial de Jacques d’Armagnac : un monument bibliophilique pour un prince ambitieux

 

When Jacques d’Armagnac ordered the first piece of his coming library – a monumental Miroir historial composed of almost 1350 folios – he is at the summit of his political carrer, supported by King Louis the XIth who turned him into the most powerful lords of his time. This triple manuscript is far more than the expression of his power; it enlightens us as to the life and the figure, so manhandled by history, he has aspired to be. The luxury of this work is developed through five hundreds miniatures which enliven it. Made during the fifteenth century by particulary productive illuminators, pictures of this Miroir historial illustrate with some kind of banality the working method of the workshops from that time. Nevertheless, it gives important clues on the identity of the illuminators who worked on this great manuscript and reopens again the debate on the attribution of this pictures, an ongoing debate for more than a century.

 

C. Christensen-Nugues
Clandestine Marriages in the Synodal Statutes of Medieval Sweden

According to medieval canon law, mutual consent was sufficient to create a valid marriage. A marriage contracted secretly could thus be perfectly valid. Such marriages, i.e. clandestine marriages, did however entail major practical difficulties when the Church's marriage legislation was applied. This was particularly apparent at the local level, and practically all synodal statutes in medieval Europe contained multiple prohibitions against such marriages. In this context, Swedish synodal statutes constitute an exception by the relatively modest place accorded to this problem.

This article compares the references to clandestine marriages in Swedish and French synodal statutes, analyzes their differences and explores the Swedish legal tradition to determine possible explanations for them. Swedish secular laws contained detailed rules for the formation of marriage that guaranteed a certain publicity. This made clandestine marriages, in the sense of marriages contracted secretly without witnesses, relatively scarce. Swedish synodal statutes reflect this situation, shows the implications of the Swedish matrimonial tradition, and how canon law was adapted to the Swedish context.

Extrait(s)

Médiévales 67, automne 2014, p. 5-10

Martin Nejedlý et Jaroslav Svátek

La Bohême aux xive et xvsiècles

L’idée de composer un numéro thématique sur l’histoire de la Bohême est le fruit de la collaboration des médiévistes français et de leurs homologues tchèques. L’initiative fut lancée notamment lors du Congrès de la Société des Historiens Médiévistes de l’Enseignement Supérieur Public (SHMESP) qui s’est tenu à Prague en mai 2013, et qui avait pour thème « La nation et les nations au Moyen Âge ». Présenter la Bohême médiévale par le biais des sources du xive et du xvsiècle, surtout celles écrites en vieux tchèque, et montrer les interconnexions avec le contexte littéraire et social de l’Europe, en devinrent les principaux mobiles. Cette région, quoique située dans le centre géographique de l’Europe, reste dans l’ensemble plutôt inconnue d’une recherche francophone qui s’oriente davantage vers les territoires géographiquement plus proches (Péninsule ibérique, Italie, Angleterre, Allemagne, Pays-Bas) ou plus éloignés, quoique importantes dans le contexte du monde médiéval (Byzance, monde arabo-islamique). Les pays de la couronne de Bohême, constitués aussi de la Moravie, plus tard de la Silésie ainsi que de la Haute et Basse Lusace, restent, malgré l’étendue de leur territoire et leur importance pendant certaines phases du bas Moyen Âge, dans l’ombre de cet intérêt.

Depuis le xsiècle, les pays tchèques font cependant partie de la sphère culturelle de la chrétienté occidentale1. À cette époque, ils ont été progressivement christianisés, entre autres grâce au culte de saint Venceslas, l’un des premiers ducs de Bohême, assassiné en 935. Pendant son règne, l’État tchèque devint aussi partie intégrante de l’ensemble du Saint-Empire. À la fin du xiisiècle, les ducs de Bohême accèdent au titre de rois héréditaires ; peu après, ils trouvent également place parmi les sept électeurs de l’Empire. Le xiiisiècle fut une période d’expansion territoriale et de renforcement du rôle politique des pays tchèques, notamment sous le règne du roi Přemysl Otakar II (1253-1278). En outre, l’extraction des minerais d’argent a assuré des revenus importants à l’État. Depuis cette époque, après la colonisation des régions jusqu’alors moins peuplées, les Allemands forment une minorité importante dont le poids économique se fait sentir dans les villes nouvellement fondées2.

La fin de la longue période du règne des Přemyslides – première dynastie ducale et royale de la Bohême – au début du xivsiècle provoqua des changements considérables aussi bien dans les domaines politique et social que culturel. Après la mort violente de Venceslas III en 1306, assassiné sans héritier mâle, une solution pour le trône vacant fut finalement trouvée en 1310 dans le mariage de sa sœur cadette Élisabeth avec Jean, fils d’Henri de Luxembourg, roi des Romains. Cette alliance assura la continuité dynastique et inaugura la domination des Luxembourg dans le royaume de Bohême. Le règne de Jean de Luxembourg (1310-1346) (dit « l’Aveugle » en milieu francophone) connut de nombreuses difficultés. D’un côté, le nouveau souverain se heurta aux exigences politiques de l’aristocratie locale qui demandait l’élimination des sphères du pouvoir des étrangers au sein de l’État tchèque. De l’autre, sa position fut considérablement compliquée par sa mésentente avec son épouse, soutenue par une partie de la noblesse de Bohême3.

Le roi, quoique mal aimé dans le pays, prépara néanmoins le terrain, par ses vastes activités diplomatiques, pour l’apogée de sa dynastie sous le règne de son fils, Charles IV de Luxembourg (1346-1378). Devenu roi des Romains (1346) et empereur (1356), Charles réussit à transférer temporairement le centre politique et culturel de l’Empire à Prague où l’Université, première institution de ce type au nord des Alpes et à l’est du Rhin, fut fondée en 1348. Le souverain encouragea aussi une vaste production d’œuvres historiographiques, didactiques et juridiques, qui contribuèrent au rayonnement de sa cour dans toute l’Europe. C’est une des raisons pour lesquelles il est surnommé jusqu’à aujourd’hui le « père de la patrie » (pater patriae), une dénomination utilisée pour la première fois par Adalbert Ranconis de Ericinio, recteur de la Sorbonne, dans le sermon funèbre de l’empereur prononcé à Prague en 13784.

Le règne de son fils Venceslas IV (1378-1419) fut marqué par la continuité de cette activité culturelle et artistique, mais aussi par de graves secousses politiques et sociales. D’un côté, il fut confronté au problème du schisme qui avait éclaté au début de son règne ; d’un autre, en tant que roi des Romains, il ne parvenait pas à gérer la situation dans l’Empire. En 1400, Venceslas fut déposé par la majorité des princes électeurs, qui trouvaient son gouvernement négligent et lui reprochaient de devenir « trop tchèque ». Les difficultés rencontrées au sein de son royaume se caractérisèrent par les revendications accrues de la noblesse ainsi que par les débuts des controverses théologiques dans le milieu ecclésiastique et universitaire5. Parmi les personnalités qui tentèrent de réformer l’Église, Jean Hus (1370-1415) apparut rapidement comme le plus influent6. Inspiré par l’œuvre du réformateur anglais John Wycliff, il entra en conflit avec l’archevêque de Prague. Son procès avec l’institution ecclésiastique devint une affaire d’État : Hus fut d’abord soutenu par le roi, mais son excommunication en 1411 et ses protestations contre la vente des indulgences isolèrent le réformateur tchèque de son bienfaiteur couronné. Invité au Concile de Constance, il y fut condamné à mort le 6 juillet 1415.

La nouvelle de l’exécution de Jean Hus suscita beaucoup d’émotions parmi d’assez larges couches de la société en Bohême. Ses partisans, connus plus tard par le nom d’« utraquistes » – car ils commençaient à revendiquer la communion sous les deux espèces (sub utraque specie) pour les laïcs – se radicalisèrent au point de déclencher une véritable révolution en 14197.

La période des guerres hussites (1419-1434) vit l’échec cuisant de la tentative du demi-frère du roi Venceslas, Sigismond de Luxembourg (1419-1437), de reprendre son héritage, avec le concours de plusieurs invasions des croisés en Bohême8. Les conflits aboutirent en 1432-1434 à la négociation d’un compromis, les compactata, au concile de Bâle. Ces accords assuraient la double foi légale en Bohême, chaque habitant du pays pouvant choisir entre la religion catholique et celle des utraquistes. Ce fut dans cette atmosphère que le premier roi « hussite », Georges de Poděbrady (1458-1471), put plus tard accéder au trône. Se heurtant à l’intransigeance du pape Pie II, qui avait annulé les compactata en 1462, il déploya une activité diplomatique intense pour effacer l’image du royaume de Bohême en tant que pays hérétique. Dans ce même but, le roi Georges, même s’il avait des fils, ne voulut pas fonder sa propre dynastie. En revanche, il assura le développement pacifique des pays tchèques à travers les accords conclus avec la dynastie catholique d’origine polono-lituanienne des Jagellon, qui allaient régner pendant la période suivante (1471-1526). La coexistence pacifique des deux confessions, que les accords de Kutná Hora en 1485 assuraient pour les décennies suivantes, caractérise les pays tchèques au seuil de l’époque moderne.

Les pays tchèques aux xive et xve siècles virent bien évidemment le développement d’une littérature en latin9, notamment dans le milieu ecclésiastique, mais aussi, dans une moindre mesure, une production des textes littéraires en langue allemande. Le but de ce numéro thématique est de présenter de façon raisonnée un ensemble de sources essentiellement en langue tchèque, parce qu’elles sont difficilement accessibles au public francophone. Ces sources reflètent le contexte politique et social esquissé dans le tableau ci-dessus. Depuis le début du xive siècle, la noblesse tchèque a vu ses prérogatives et son pouvoir s’accroître ; à l’instar de la cour royale, elle a encouragé la production d’œuvres littéraires en langue vernaculaire. À partir de cette époque, la culture écrite en langue tchèque s’est ainsi enrichie, seule parmi les langues slaves, d’une diversité extraordinaire de genres littéraires connus par ailleurs en Europe occidentale (chronique rimée, roman courtois, poésie héroïque, exempla, œuvres didactiques et satyriques, etc.). L’influence de Jean Hus se manifesta également dans ce domaine : une partie de son œuvre est d’ailleurs écrite dans cette langue vernaculaire, et il est aussi probable qu’à côté de la réforme de l’Église, il participa à la réforme de l’orthographe du tchèque10. De surcroît, grâce à son évolution spécifique sur le plan politique et social, le milieu tchèque vit naître, notamment à l’époque hussite, de nouveaux types de textes (chanson polémique, ordonnances de guerre), sans équivalents précis ailleurs en Europe.

Tous les auteurs de ce numéro thématique appartiennent à une génération de jeunes chercheurs et doctorants francophones et sont issus du Séminaire historique franco-tchèque de l’Université Charles de Prague11. Étant données les relations privilégiées qu’entretenait Jacques Le Goff depuis ses études universitaires avec les pays tchèques, nous dédions ce numéro spécial à sa mémoire.

 

Le royaume de Bohême au temps du roi Jean de Bohême.

Carte extraite de M. Margue éd., Un itinéraire européen. Jean l'Aveugle, comte de Luxembourg et roi de Bohême, 1296-1346, Bruxelles, 1996, p. 121.

1. Pour une histoire sommaire des pays tchèques, voir les synthèses de J. Hoensch, Histoire de la Bohême, Paris, 1995 ; A. Marès, Histoire des Pays tchèques et slovaque, Paris, 1995 ; P. Čornej, P. Bělina et J. Pokorný, Histoire des pays tchèques jusqu'à l'an 2000 en abrégé, Prague, 2000.

2. M. Nejedlý, « Le concept de nation en Bohême au xive et au début du xve siècle », dans Nation et nations au Moyen Âge. Actes du XLIVe Congrès de la SHMESP, Paris, 2014, p. 229-241.

3. M. Nejedlý, « Roi étranger ou roi diplomate ? Jean l’Aveugle au miroir des sources tchèques », Prague Papers on the History of International Relations, 8 (2012), p. 11-36 ; P. Péporté, « When “Jan Lucemburský” meets “Jean l’Aveugle” : A Comparison of King John of Bohemia’s Representation in the Czech Lands and Luxembourg », Husitský Tábor, 17 (2012), p. 27-49.

4. Cf. Sermo factus per dominum Adalbertum Ranconis de Ericinio post mortem imperatoris Caroli IV, éd. F. Tadra, dans Fontes rerum Bohemicarum III, Prague, 1882, p. 433-441. Voir aussi M. Nejedlý, « “Comme les orties dans le jardin, comme les aigremoines dans la crinière des chevaux…”. Les conflits entre Tchèques et Allemands en Bohême au xive et au début du xve siècle », West Bohemian Historical Review, 1 (2012), p. 41-71.

5. Sur les débuts de la réforme de l’Église dans les pays tchèques, voir O. Marin, L’Archevêque, le maître et le dévot. Genèses du mouvement réformateur pragois. Années 1360-1419, Paris, 2005.

6. P. de Vooght, L’Hérésie de Jean Huss, Louvain, 1975.

7. H. Kaminsky, A History of the Hussite Revolution, Berkeley-Los Angeles, 1967 ; F. Šmahel, La Révolution hussite, une anomalie historique, Paris, 1985 ; Id., Die Hussitische Revolution, Hanovre, 2002 (3 vol.).

8. Certains aspects des croisades anti-hussites sont traités dans l’ouvrage collectif de M. Nejedlý et J. Svátek éd., La Noblesse et la croisade à la fin du Moyen Âge (France, Bourgogne, Bohême), Toulouse, 2009.

9. De nombreuses sources ont été éditées à la fin du xixe siècle dans la série Fontes rerum Bohemicarum [désormais FRB]. Leur consultation en ligne est assurée grâce au site du Centre d’études médiévales de Prague http://cms.flu.cas.cz/cz/badatele/sources-on-line.html. Les manuscrits médiévaux conservés dans les bibliothèques de la République tchèque sont accessibles sur la base de données « Manuscriptorium » : www.manuscriptorium.com.

10. Voir « Jean Hus », dans J. Le Goff éd., Hommes et femmes du Moyen Âge, Paris, 2012, p. 341-344.

11. http://seminaire.ff.cuni.cz.

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Médiévales
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Présentation

Médiévales paraît deux fois par an.
Langue de rédaction des articles : français

La revue, créée en 1982, entend rester un lieu de rencontre entre des médiévistes de générations et d'origines diverses. Sur des thèmes successifs elle présente des points de vue et des écritures venant d'horizons disciplinaires variés. Par là elle ouvre notre curiosité et rénove notre connaissance du Moyen Âge.

This journal means to remain a meeting place for medievalists of different generations and backgrounds. It presents points of view on recurring themes and studies from varied disciplines. It opens our curiosity and renews our knowledge of the Middle Ages.

Directrice de la rédaction : Laurence Moulinier-Brogi.
Rédacteurs en chef : Danièle Sansy et Christopher Lucken.
Comité de rédaction : Didier Boisseuil, Nathalie Bouloux, Boris Bove, Alban Gautier, Stéphane Gioanni, Didier Lett, Fanny Madeline, Marilyn Nicoud, Mireille Séguy, Malcom Walsby, Nicolas Weill-Parot.

Revue soutenue par l'Institut des Sciences Humaines et Sociales du CNRS.